BD/Mangas

L’île d’Hozuki / 1 à 3 – Kei Sanbe

Kei Sabe imagine deux héros : Kokoro, dix ans et Yume, cinq ans et aveugle, ont été abandonnés par leurs parents et débarquent sur une île étrange pour y fréquenter une école qui ne compte que quatre autres élèves. Les professeurs sont aussi assez bizarres, même hostiles, sauf la jeune prof d’E.P.S., Mle Kai. On leur apprend qu’il y a des endroits où ils n’ont pas le droit d’aller, dans l’école et à l’extérieur. Mais ce qu’ils apprennent des autres enfants est bien pire et radical : les adultes sont tous des menteurs, il ne faut pas leur faire confiance.

C’est qu’un de leurs camarades a récemment disparu et ils sont certains qu’il a été tué par les professeurs car il avait percé les secrets de l’île. Mais quels secrets ? Sont-ils relatifs à l’ancienne mine de charbon qui serait en fait une mine d’or ? Les professeurs tueraient-ils les élèves qui leur sont confiés pour empocher leur prime d’assurance vie ? Incapables de trouver une réponse, les enfants décident de quitter l’île, en toute clandestinité.
Kei Sanbe Hozuki-2.jpg 

Les huis-clos sur des îles sont souvent oppressants quand ils sont bien menés. Dans ces trois volumes (le prochain sera le dernier) de la série de Kei Sanbe, la tension monte efficacement, le mystère s’épaissit tant sur l’identité des élèves et des professeurs que sur la nature de l’île et des activités qui s’y déroulent.

Le premier volume présente les enfants qui sont très très typés :  Shû, le blond, est surdoué, Hatsune est devenue muette suite aux mauvais traitements de ses parents, Futoshi n’arrête pas de manger, Rikya est le gros dur qui fait sa loi. Ils ont tous vécu des choses difficiles avant d’atterrir sur cette île. Mais pourquoi les y a-t-on envoyés ?

Dans les deuxième et troisième volumes Kei Sanbe s’intéresse à la fuite des enfants, poursuivis par les professeurs. Ils découvrent des galeries, des labyrinthes, des cuves remplies d’un étrange liquide. Les professeurs semblent déterminés à les rattraper et tandis que l’un d’eux affiche clairement sa nature d’obsédé pervers, Mle Kai se montre de plus en plus ambiguë.

Hozuki-4.jpgEncore un tome et tout se dévoilera, j’ai hâte. Parce que cette histoire est bien ficelée, même si elle n’est pas originale : l’île aux activités mystérieuses, les dirigeants peut-être affreusement pervers, peut-être pas (oui, je garde dans un coin de ma tête l’idée que peut-être, les enfants ont tort), des enfants innocents (?) poursuivis, des fantômes d’enfants disparus… les ingrédients sont traditionnels. J’espère secrètement (enfin plus maintenant…) que le dénouement concocté par Kei Sanbe sera plus retors qu’il n’y parait, que les professeurs ne sont pas les affreux méchants qu’on croit et que les enfants ne sont pas aussi limpides qu’ils y paraissent. Vous constatez donc que cette petite série me fait gamberger, qu’elle donne lieu à toutes sortes de suppositions (plus ou moins fantasques, c’est certain). C’est signe me semble-t-il qu’elle est réussie, qu’elle tient le lecteur en haleine en le conduisant sur toutes sortes de fausses pistes.

Cette série est tout à fait dans la lignée de Doubt (même éditeur), qui joue efficacement avec les mêmes ingrédients : huis clos, meurtres, climat très oppressant et angoissant.

Je n’ai pas été séduite par le graphisme de Kei Sanbe(je n’aime décidément pas les grands yeux) et certains dessins sont même agaçants parce que puérils, comme les insistantes pirouettes de Hatsune qui soulève sa jupe alors qu’elle ne porte pas de culotte. La très généreuse anatomie de Mle Kai est aussi soulignée de façon très insistante, façon aussi d’exciter les désirs pervers de Kuwadate.

 

L’île d’Hozuki, Kei Sanbe, éditions Ki-oon, 7,50 € le volume

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