Jeunesse

La ballade de Trash – Jeanne-A Debats

Debats-2.jpgQue l’on soit un ado ou un adulte, quand on lit de la SF, on a déjà beaucoup lu de post-apocalyptique. C’est un genre qui permet de mettre en scène, de façon tragique, notre avenir (celui de l’humanité et celui de la planète) et ouvre aussi la réflexion sur les rapports humains, quand les hommes sont en situation de crise, de survie, souvent au bord de l’extinction. Le genre ne se renouvelle pas facilement, mais il peut donner lieu à des livres forts et intelligents.

Je n’ai pas aimé  La vieille Anglaise et le continent, pourtant maintes fois célébré et primé, je n’ai donc pas ouvert ce livre avec grand enthousiasme. Ma lecture en fut cependant agréable.

 Nous sommes dans la banlieue parisienne au début du XXIIe siècle. Les gens aisés vivent sous une Bulle dans la capitale, tandis que les malades, les chômeurs et les pas-grand-choses vivent au sein de gangs qui ont chacun leur propre loi. Trash, dix-huit ans, est la chef des Tramps, qui survivent et s’organisent sous sa poigne de fer dans leur refuge au-delà des remparts de la Bulle, la Poubelle. Trash est atteinte d’une maladie endémique que l’administration des Bulles ne parvient pas à éradiquer, le Nada4. Ce virus fait disparaître petit à petit les capacités affectives du porteur, qui devient un « robot biologique », un psychopathe prêt à tuer pour se procurer son médicament. Lequel médicament se vend au marché noir, contrôlé par un certain Markus, chef de tous les gangboys. Alors quand Markus convoque tous les gangs à une réunion intra-muros, pas moyen d’y couper, il faut y aller même si Junk, le Second de Trash, trouve qu’il y a quelque chose de louche dans cette réunion.

Et les gangs de tomber dans un piège dont il va falloir sortir…

Le livre s’ouvre en pleine action et continue sur ce mode-là très efficacement avec pour fil conducteur l’expédition parisienne. En plus de ce rythme constant, Jeanne-A Debats met en scène son groupe d’adolescents de façon crédible et efficace. Les personnages ne sont pas outrageusement stéréotypés, celle qui est belle n’est pas forcément bête, même si on voit venir le traître de loin. J’ai apprécié l’ambivalence de certains, leurs hésitations. Trash est un bon personnage, dans le genre teigneux et autoritaire, avec un passé lourd à porter. Par contre, je ne vois pas l’intérêt de Seize, jeune fille aux pouvoirs paranormaux qui permet bien trop de facilités. Et je n’aime pas du tout non plus les prénoms de tous ces jeunes gens, Trash, Junk, Shabby, Spent, Spoilt, Wresh… je trouve ça ridicule, mais peut-être cela plaît-il au lectorat adolescent.

L’univers mis en scène est très sombre, évidement, jamais lu d’auteurs de SF qui nous brossaient le portrait de lendemains qui chantent… La crise, la pollution, la ségrégation sociale, tout ça a eu raison de notre belle fraternité et il n’est plus question que de survie, des forts comme des faibles. Ça n’est donc pas glamour du tout, pas drôle non plus et la fin décevra ceux qui aiment finir sur une note d’optimisme. Moi, elle m’a plu, je n’aime pas les happy ends incroyables tirés d’un chapeau parce qu’il faut que ça finisse bien.

Jeanne-A Debats sur Mes Imaginaires

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La ballade de Trash, JeanneA Debats, Syros (Soon n°8), mai 2010, 292 pages, 16, 20€ (c’est cher, je trouve…)

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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