Adultes

Le dieu vampire – Jean-Christophe Chaumette

Chaumette.jpg

Eh oui, encore… Mais cette fois, l’auteur choisit une voie médiane car si les vampires de ce roman sont bien assoiffés de sang, ça n’est pas pour les raisons qu’on croit.

Quelque part dans les monts Kenteï, en Mongolie, une équipe d’archéologues partie à la recherche du tombeau de Gengis Khan, fait une incroyable découverte : avant d’accéder au sarcophage, ils trouvent un oeuf mystérieux qui semble transformer en fou sanguinaire quiconque l’approche de trop près. En effet, un des archéologues assassine furieusement un de ses collègues à la machette. L’expédition tourne au drame mais l’oeuf est ramené à Paris, au musée Guimet. Deux archéologues sont morts, mais Sophie Hoang, vétérinaire continue les recherches sur cet oeuf bizarre et s’aperçoit qu’il est orné d’un dragon qui s’illumine parfois.

Parallèlement, on suit Dieter Mrazek, psychiatre dans une clinique suisse, intrigué par le cas d’un patient à personnalités multiples. Le « général » semble en effet habité par un nouvel hôte qui tient d’étranges propos qui poussent le médecin à faire un voyage en Roumanie. C’est là qu’il rencontre un moine qui lui apprend que son patient est un descendant de Vlad Tepes, rien de moins… et que cet illustre ancêtre appartenait à la très sanguinaire Secte du Dragon.

Ladite secte sévissant encore de nos jours et détestant qu’on se mêle de ses affaires, le psychiatre ne fait pas de vieux os et c’est son fils Christian, en fauteuil roulant, qui reprend l’enquête et bientôt la traque, en compagnie d’une charmante vieille exterminatrice de dragons, Maria Jesus Herreros de son vrai nom mais surnommée Buffy.

Il y a indéniablement de bonnes idées dans ce roman, d’autres plus simplistes, et une certaine dose d’humour, concentrée dans la personne de la vieille dame. Jean-Christophe Chaumette imagine par exemple que tous les grands bourreaux de l’humanité font ou ont fait partie de la Secte du Dragon. Ils ne sont pas tant avides de sang que de douleur, le carnage et la souffrance les faisant jouir au plus au point (ils sont d’ailleurs sexuellement impuissants). On trouve donc les meilleurs adeptes au Rwanda, en Bosnie, dans le Cambodge de Pol Pot ou le Chili de Pinochet. Ce serait bien en effet si tous les méchants de ce monde appartenaient à un même clan aux règles bien précises, on pourrait en venir à bout, les exterminer un à un comme le fait la charmante vieille. Nous sommes bien là aux origines du Mal, mais aussi aux origines des vampires qui seraient en fait les hôtes de redoutables parasites extraterrestres…

Je n’ai pas adhéré complètement à cette histoire, certainement parce que l’auteur en fait parfois trop dans l’aspect gros méchants de certains personnages, avec mafia, grosses voitures, scènes d’exécution, explosions… (on se croirait parfois dans un film d’action américain). Je n’ai pas été totalement convaincue par certains personnages principaux, dont la mamie totalement improbable et le jeune don juan (j’ai mis en images dans ma tête la scène de relations sexuelles entre Ion Radescu et Sophie et j’ai ri comme une baleine, c’est un peu trop appuyé à mon goût), ainsi que par ce qui m’a parfois paru assez expéditif (sort-on si facilement aujourd’hui de Mongolie des sarcophages anciens pour les exposer dans des musées parisiens ?). L’ensemble me semble manquer de finesse.

Cependant, l’intrigue est bien menée, les éléments s’installent les uns après les autres, les personnages se tournent autour, s’épient et le suspens va crescendo. Et comme finalement, tout ça est beaucoup moins vampirique qu’on le croit, j’ai terminé ce roman sans déplaisir. Rien d’inoubliable me semble-t-il cependant, même si mon ami Pascal estime que c’est « un excellent thriller qui revisite l’Histoire de la souffrance humaine« , ce qui me semble un brin excessif, mais nous sommes habitués à ne pas être d’accord… Et comme Vladkergan a aussi trouvé ce livre à son goût, je vous conseille de ne pas lire mon avis, mais quelque chose me dit que c’est trop tard…

Le dieu vampire, Jean-Christophe Chaumette, L’Editeur, mai 2010, 384 pages, 19 €

A lire aussi :

Panthéon – Adam, Convard et Han Un terrible ratage que cette bande dessinée qui m’a agacée de bout en bout. En raison de la montée des eaux, l’humanité a été contrainte de quitter...
L’océan des étoiles – Fabien Clavel Ur est une jeune fille déterminée : elle veut piloter la Manta, le vaisseau sacré. Mais les vieux prêtres en ont décidé autrement et la voilà recalée....
La comédie inhumaine / 1 – Michel Pagel Si Nuées ardentes est le premier titre qui ouvre le cycle de La comédie inhumaine, il ne fut pas le premier écrit. Quand il écrit cette histoire, Mi...
C.H.A.R.L.Ex – Danielle Martinigol Cyber Humaine Améliorée pour Résister dans des Lieux Extraterrestres, ou plutôt C.H.A.R.L.Ex est envoyée sur Terhys par la Confédération des Soixante ...

Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *