Jeunesse

Entremonde – Hiromi Goto

Goto.jpgMélanie, quatorze ans, est une adolescente solitaire que ses camarades n’hésitent pas à malmener. Elle vit  seule avec sa mère dépressive et alcoolique. Un jour qu’elle rentre du collège, elle trouve la maison vide. Le téléphone, coupé depuis des mois, se met à sonner et un certain monsieur Gluant qui lui ordonne de revenir en Entremonde, sans quoi, il fera souffrir sa mère. Ce que le lecteur sait grâce au prologue, mais qu’elle ne sait pas, c’est que ses parents ont jadis tenté de fuir l’Entremonde pour donner un espoir de vie à leur enfant à naître. Son père n’a pu franchir la porte, mais sa mère est partie contre la promesse de revenir quatorze ans plus tard, avec l’enfant. Mais Fumiko n’a pas emmené Mélanie avec elle dans l’Entremonde, ce royaume de souffrance éternelle.

Il y a bien longtemps, coexistaient les Trois Royaumes : le Royaume de Chair (celui de la Vie), le Royaume de l’Esprit (celui de la Mort) et l’Entremonde (où les humains, après leur mort, revivaient tous les traumatismes et toutes les douleurs et les haines de leur vie terrestre avant d’accéder au Royaume de l’Esprit). Mais l’équilibre a été rompu et certains mortels sont depuis prisonniers de l’Entremonde, condamnés à revivre éternellement les souffrances de toute une vie.

Une prophétie dit qu’un jour, un enfant viendra et rétablira l’équilibre.

Une présentation, en anglais :

L’édition américaine bénéficie d’illustrations intérieures de Jillian Tamaki que malheureusement, l’éditeur français n’a pas reproduites. Un aperçu ci-contre.

Hiromi Goto est canadienne, d’origine japonaise, ce qui ne l’empêche pas de reprendre les motifs les plus souvent présents dans la fantasy occidentale aujourd’hui : une adolescente mal dans sa peau, une prophétie, un monde à sauver. Le lecteur adolescent est donc en terrain connu.

Ce qui est beaucoup plus original, c’est ce fameux Entremonde, proprement cauchemardesque et monstrueusement plaisant :

« Une fine équipe se tenait à l’entrée, des créatures plus invraisemblables les unes que les autres. Un homme à tête d’oiseau, complètement nu à l’exception d’un short en fausse fourrure ; une femme en robe de soirée, avec des anguilles en guise de bras ; une étoile de mer dotée d’un magnifique visage d’enfant en son centre, et affublée de bottes en caoutchouc comme si elle essayait de ressembler à M. Gluant. La reine de beauté avec un trou à la place du nez et son compagnon wallaby étaient là eux aussi, ainsi que plusieurs grands squelettes frêles qui cliquetaient nerveusement à l’arrière.« 

L’univers ainsi dépeint m’a semblé tout à fait original, cruel et injuste. La jeune héroïne, une fois laborieusement entrée dans cet Entremonde, va donc devoir se montrer maligne et courageuse pour récupérer sa mère tout en échappant à M. Gluant qui est vraiment… collant. Et elle va bientôt comprendre que son destin ne se réduit pas au seul sauvetage de sa mère, qu’elle est là pour restaurer l’équilibre des Royaumes.

C’est bien dans cet univers japonisant et cruel que le lecteur trouvera dans ce texte un peu d’originalité. Pour ce qui est de l’intrigue elle-même, elle n’est ni plus ni moins passionnante que bien des romans de fantasy actuels pour la jeunesse. Les enjeux sont là, les rebondissements aussi, on peut donc penser que les jeunes lecteurs apprécieront, malgré quelques passages parfois un peu longs.

Entremonde (2009), Hiromi Goto traduite de l’anglais par Marie de Prémonville, Baam, avril 2010, 315 pages, 14 €

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