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Les vestiges de l’automne – Robert Silverberg

Silverberg-2.jpgMoins un roman qu’une longue nouvelle, Les vestiges de l’automne est en fait la version courte d’un livre qui aurait dû clore la trilogie ouverte avec A la fin de l’hiver et La reine du printemps. Dans une postface, Robert Silverberg explique que pour des raisons éditoriales, ce troisième tome n’a jamais vu et ne verra jamais le jour. Cette édition en fournit le synopsis grâce auquel on constate que la nouvelle qu’on vient de lire est vraiment beaucoup plus courte que le roman initialement envisagé. Tous ceux qui ont particulièrement aimé les deux premiers tomes s’en désoleront certainement, mais pour ma part, ne les connaissant pas, j’ai lu ce texte pour ce qu’il est, encore que…

Silverberg prend la peine d’expliquer ce qui s’est passé dans les tomes précédents : les hommes ont disparu depuis des millions d’années, remplacés par six peuples qu’ils ont créés et dont l’apogée remonte à la civilisation glorieuse de la Grande Planète. Celle-ci fut détruite par la pluie des étoiles de mort qui obligea les créatures vivantes à s’enfouir sous terre pendant le Long Hiver, à la suite duquel le Peuple velu des cocons se dispersa.

Les Seigneurs-de-la-Mer ont toujours été tenus pour morts, or il semblerait que certains individus dégénérés aient été aperçus. Thalarne la belle archéologue fait partie de l’expédition qui va s’assurer de leur présence. Son amant Nortekku l’accompagne et ils vont tous deux découvrir la détresse dans laquelle vivent les derniers représentants de cette race jadis fière. Ils comprennent aussi que les autres membres de l’expédition ont été payés pour en ramener plusieurs avec eux afin qu’ils soient montrés chez les puissants des grandes cités.

L’intrigue de cette nouvelle est centrée sur la découverte des Seigneurs-de-la-Mer alors que celle du roman aurait été bien plus vaste. Les rapports entre Thalarne et Nortekku sont intéressants, plus qu’esquissés, mais le lecteur reste sur sa fin avec ces prémisses. Les rapports de pouvoir ne sont ici qu’un arrière plan alors que les conflits entre les grandes cités auraient dû être au coeur du roman. Si l’épisode est réussi, on ne peut s’empêcher d’être frustré tant le potentiel est énorme.

De même en ce qui concerne les personnages, en particulier leur apparence physique, on sait que Thalarne est très belle et recouverte d’une fourrure, c’est peu. Mais on n’en sait encore moins sur Nortekku qui ne bénéficie d’aucune description. C’est dommage puisque tous ces êtres ont été créés par les humains à partir d’animaux et on a donc très envie de savoir à quoi ils ressemblent.

Au final, l’intrigue de la nouvelle se tient, s’articulant autour des thèmes de fin de civilisation, de pillage du patrimoine et de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (l’objectif d’exhibition des Seigneurs-de-la-Mer m’a beaucoup fait penser à Cannibale de Didier Daenninckx dans lequel il raconte comment il n’y a pas si longtemps encore, des hommes en exposaient d’autres dans des zoos). Silverberg se fait ethnologue et on sent déjà dans cette nouvelle tout le potentiel romanesque et émotionnel qui aurait sous-tendu le roman.

Enfin, à lire avant tout et en priorité, la préface de Gérard Klein, au moins pour son développement sur le thème « qu’est-ce qu’être cultivé ».

Robert Silverberg sur Mes Imaginaires

Les vestiges de l’automne, Robert Silverberg traduit de l’américain par Jacqueline et Florence Dolisi et Eric Holstein, Actu SF – Les Trois Souhaits, mai 2010, 176 pages, 10€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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