BD/Mangas

Hélas – Bourhis & Spiessert

HelasDifficile de présenter cette BD sans dévoiler ce que le lecteur ne comprend qu’après six ou sept planches… Hervé Bourhis au dessin et Rudy Spiessert au scénario ont imaginé un monde inversé où les animaux dominent les hommes. Ces derniers sont même en voie de disparition et traqués par des braconniers qui les revendent très cher au marché noir.

La BD s’ouvre sur une scène de chasse : deux enfants sont capturés par des êtres masqués puis emmenés à Paris pour être vendus sur les quais. Le frère et la sœur sont séparés. La fille est montrée dans les salons et devient un objet d’études. C’est Léopoldine, la fille du célèbre professeur de Gonzague qui va se charger des recherches. C’est une jeune cochonne aux manières douces qui parvient à communiquer avec l’enfant qui bientôt prononce même un mot : hélas. Mais à la faveur de l’inondation de Paris en 1910, l’enfant nommée Feuille, parvient à son fuir pour chercher son frère. Léopoldine la rejoint en barque et les voilà toutes deux navigant sur la Seine en crue et tentant d’échapper à bien des ennemis dont certains semblent vouloir récupérer Feuille à d’autres fins que scientifiques…

Impossible de ne pas penser à La planète des singes et à la série « Blacksad » en lisant cet album, le premier pour le renversement de situation, le second pour le dessin animalier.  Et on retrouve le pessimisme du roman de Pierre Boulle, à savoir que l’être dominant, qu’il soit homme ou animal, est forcément mauvais, intéressé et perverti, du moins en ce qui concerne les élites. Comme dans le roman aussi, c’est une femelle qui va faire preuve (d’humanité ?) de compréhension et de pitié, les mâles étant définitivement asservis au pouvoir et à leurs instincts.

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Cette BD se présente donc comme une fable, un conte philosophique qui nous aiderait à réfléchir sur la domination, la cruauté, les instincts primaires et la notion d’humanité (au sens de sentiment de bienveillance envers ses semblables). Je trouve donc dommage que le dessin ne soit pas vraiment à la hauteur du propos. Il est un peu trop rond, trop simpliste et aurait gagné à un peu plus de noirceur et d’expressivité. Les couleurs ne sont pas non plus très engageantes, le sombre aurait mérité d’être mieux travaillé, par exemple dans la cave de de Gonzague.

Reste une petite intrigue sympathique, efficacement menée comme dans un bon feuilleton de l’époque, avec tout ce que cela implique de facilités.

Au final, Hélas n’a pas la puissance de La ferme des animaux, malgré le dessin qui aurait dû renforcer l’évocation. C’est intéressant, agréable à lire, mais pas assez exploité.

Hélas, Hervé Bourhis et Rudy Spiessert, couleurs de Mathilda, Dupuis (Aire Libre), janvier 2010, 72 pages, 15.50€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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