Adultes

Cygnis – Vincent Gessler

gessler.jpgVincent Gessler pour son premier roman nous donne à voir un monde étrange, très énigmatique, qui amène le lecteur à se poser des questions dont certaines resteront sans réponse. C’est en fait un livre d’ambiance dans lequel évoluent des personnages dont on ne saura pas tout.
Dans ce monde-là (ou ce temps-là plus exactement) vit Syn le trappeur qui, accompagné de son loup Ack, vend des peaux de bêtes de village en village. Drôle de loup d’ailleurs, mi chair, mi métal, avec Syn depuis toujours. Au début du roman, homme et loup se réveillent après une période d’hibernation : la neige fond et Syn va rejoindre la ville de Méandre et la ronde et accueillante Erine. D’autres groupes convergent vers la civilisation comme les fouisseurs (qui vivent de fouilles archéologiques) et les troglodytes qui ne tardent pas à gâcher la fête en enlevant les femmes de Méandre. Une guerre s’annonce à laquelle Syn ne veut pas prendre part. Il a déjà beaucoup tué, en particulier des robots qui hantent les forêts et sont hostiles aux hommes. En fait, Syn est un des meilleurs tueurs de robots qui soit. Il est donc très loin de se douter que certains d’entre eux sont bienveillants.
Ce qui m’a frappée tout de suite en ouvrant ce livre, dès les premières pages, c’est le style de l’auteur. Peu de d’écrivains de science-fiction (oserais-je dire d’écrivains tout court) se préoccupent à ce point de leur façon d’écrire, aussi est-ce un vrai bonheur de livre un livre où l’attention portée à la langue est visiblement primordiale. 

Les hivers sont passés sur le monde, et les étés. L’être humain est mort par milliers, par millions il a gorgé la terre de son sang. Il a dominé le feu du ciel, puisé celui de la terre, asséché les mers et aux enfants de ses enfants offert toutes les larmes.
Il reste les cicatrices qui s’ouvrent à la surface des déserts, les rides au flanc des montagnes, les immenses coquilles fanées au bord de l’eau. Le vent joue dans les failles, la pluie remplit les cratères des lacs. Et au coeur des forêts profondes les rayons du soleil jouent avec les brumes, l’aube s’enroule entre les arbres.

L’auteur s’attache beaucoup à la description de ce monde bâti sur des ruines technologiques. On ne tarde pas à comprendre où nous sommes, mais quand ? Quelque part dans l’avenir de l’homme tel qu’il se le fabrique aujourd’hui. On comprend que la civilisation a fait un pas en arrière, ou plusieurs. On comprend aussi les tensions qui règnent entre les différentes communautés. L’ambiance est très réussie.

J’attendais juste qu’il se passe quelque chose et en vérité, ça n’est pas venu. Tout ce qui m’a plu est certes important, mais il faut quand même, je crois, une fois personnages et paysages installés, qu’il y ait des enjeux particuliers pour soutenir l’intérêt. La fin est belle, elle me plaît dans tout ce qu’elle suppose de l’avenir de l’humanité, de notre demain et de la liberté de l’homme. Mais elle ne suffit pas à rattraper tout le roman dans lequel on s’ennuie quand même à force de cheminement  sans but et faute d’une véritable intrigue.

Me voilà plutôt déçue puisque la totale réussite formelle de ce roman ne suffit pas à emporter l’adhésion globale. Il manque une véritable intrigue à ce livre, une histoire qui retienne l’attention. J’ai comme l’impression d’avoir ouvert un écrin vide, ou quasi, alors qu’il mériterait largement d’abriter une petite perle.
 
Cygnis, Vincent Gessler, L’Atalante, mars 2010, 244 pages, 14 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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