BD/Mangas

Pluto / 1 et 2 – Urasawa & Tesuka

Osamu Tesuka fut un mangaka très prolifique. On lui doit la série Astro Boy, dont les premiers épisodes datent des années 50. Naoki Urasawa (auteur mondialement reconnu grâce à ses deux séries Monster et 20th Century Boys) reprend ici un épisode de la série, « Le robot le plus fort du monde », pour en faire une histoire à part entière.

pluto-1.jpg          pluto-2.jpg

Dans une société où humains et robots vivent ensemble et en harmonie (à tel point que les nouveaux modèles de robots ne se distinguent pas des humains), le robot inspecteur de police Gesicht, d’apparence humaine, est chargé d’enquêter sur la mort violente en Suisse du surpuissant robot Mont Blanc. Aimé de tous, il s’était reconverti en guide de montagne après une carrière de soldat notamment lors du 39e conflit en Asie centrale où il faisait partie des troupes de maintien de la paix. C’était « le robot que tout le monde aimait » et sa mort scandalise.
En même temps, un certain Bernard Lanke est retrouvé assassiné en Allemagne, c’était un cadre du groupe de défense des lois sur les robots (la treizième stipulant que « les robots ne peuvent blesser ni tuer des humains ») ; puis c’est le tour de l’un des initiateurs de la loi internationale sur les droits des robots, à l’origine des droits égaux entre humains et robots, d’être assassiné. Un  homme serait-il à l’origine d’un plan de destruction massive des robots les plus puissants de la planète ? Quand North 2, lui aussi ancien du 39e conflit armé mais désormais majordome d’un grand compositeur aveugle, est lui aussi détruit, Gesicht entreprend de rencontrer tous les robots les plus puissants afin de les mettre en garde. Il part donc au Japon prévenir Astro Boy du danger qu’il court.

pluto-planche-3.jpgOn aura peut-être compris que la série n’est pas axée sur les combats et les super pouvoirs. Il s’agit d’abord d’un thriller à suspens puisqu’un enquêteur traque un tueur en série. De plus, si l’action prend place dans un futur lointain, la société imaginée par Urasawa est loin de nous être étrangère.

En Asie centrale, dans le royaume de Perse règne un tyran moustachu, le roi Darius XIV, qui a plus d’un point commun avec Saddam Hussein. En face, Alexander, le président des Etats-Unis de Thracia et leader du monde demande aux Nations Unies la création d’un traité interdisant à Darius XIV la fabrication de robots de destruction massive. Vous imaginez à qui il ressemble…
Le plus étonnant dans cette série est la grande humanité des robots. Avant qu’ils ne se dévoilent, il est impossible de déterminer si les personnages sont humains ou pas. Les robots vivent en couple, ont des enfants, travaillent et aspirent à partir en vacances… Certains vieux modèles (de type boîtes de conserve) sont encore en activité, mais majoritairement ils sont humains, plus qu’humains… ils sont donc aussi sujets à la fatigue psychologique et à la dépression, à l’image de Gesicht, le super-héros-robot fatigué. Ce personnage véhicule beaucoup de mélancolie et de tristesse, son visage impassible et son impuissance le rendant très émouvant.
C’est donc aussi une réflexion sur l’humanité à travers les robots Gesicht et Astro, ce dernier beaucoup plus intelligent que les autres et surtout très humanisé : il prend goût à la nourriture humaine et est capable d’être ému par des êtres vivants. Puis on voit peu à peu les robots vétérans de la guerre du Golfe du 39e conflit s’interroger sur leur présence durant les combats, sur les raisons ou non de tuer. Ils se mettent tout simplement à réfléchir par eux-mêmes c’est-à-dire à avoir une conscience.


pluto-plache-1.jpg

Les spécialistes analyseront certainement les emprunts, les hommages, les références. Je n’ai jamais lu ni vu Astro Boy, je peux donc affirmer que cela n’est pas du tout nécessaire pour apprécier ce manga en lui-même. Il suffira de savoir qu’Astro est un robot de la taille d’un enfant construit par un scientifique pour remplacer son fils mort puis vendu à un cirque puis recueilli par un savant qui décide d’en faire un super héros.
pluto-planche-2.jpgBeaucoup d’atouts donc pour cette série qui doit compter huit volumes et qui intéressera aussi bien les amateurs de science-fiction et de polar que ceux qui cherchent dans les mangas autre chose que de l’action.  Le suspense est d’ailleurs très bien mené, on en apprend petit à petit un peu plus sur les personnages principaux, leur passé, et la fin du tome 2 voit l’arrivée d’une jeune fille qui va féminiser ce thriller bien masculin jusqu’à présent.
Le graphisme mérite lui aussi toute l’attention du lecteur, très réaliste, centré sur les visages et leurs expressions, pour un style qui pourra séduire les irréductibles de la BD franco belge.

Pluto tomes 1 & 2, Naoki Urasawa d’après Osamu Tezuka, Kana (Big Kana), 2010, 7,35€ pièce

A lire aussi :

Assassination Classroom – Yusei Matsui Des élèves et un professeur tels que vous n'en avez jamais vu. Lui vient de faire sauter la Lune et menace de pulvériser la Terre d'ici le mois de mar...
Eva – Kike Maillo Il ne fait pas de doute que le meilleur cinéma fantastique aujourd'hui est espagnol. On peut donc se demander si la science-fiction y est aussi insign...
Genesis – Bernard Beckett "L'âme est-elle davantage que le bruit que font ses différentes particules ?" C'est sur cette citation du philosophe Douglas Hofstadter (universita...
Felicidad – Jean Molla Le président à vie de la grande Europe a ordonné le bonheur obligatoire ; la violence est l'arme officielle contre ceux qui dérogeraient à cette loi. ...

Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *