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Interférences – Yoss

Yoss.jpgVoici un recueil de nouvelles ou plutôt, comme le traduit Sylvie Miller, un roman novelliste, composé de trois textes mettant en scène le petit pays et le grand pays, ennemis de toujours dont voici un des portraits : « Dans le grand pays, gouvernait depuis plusieurs décennies une poignée de riches blasés, grâce à un système simple et efficace : l’achat des voix d’un peuple éduqué dans le principe que l’argent guide le monde et habitué au fait que tout a un prix. C’était, bien évidemment, une démocratie. Dans le petit pays, gouvernait depuis plusieurs décennies son affable dictateur (Grand Timonier du Destin National), élu chaque année par son peuple lors d’élections où, de manière simple et efficace, il était le seul candidat autorisé à se présenter. C’était, ne vous en déplaise, une démocratie.« Quand on sait que José Miguel Sanchez (alias Yoss) est né à La Havane, on ne met pas longtemps à identifier les Etats Unis et Cuba derrière les deux principaux protagonistes de ces textes.

De science-fiction, il est un peu question, si on considère que les faits relatés sont vraiment extraordinaires : un poste de télévision qui se met à prévoir le futur (« Les Interférences »), des êtres humains qui se transforment en pièces d’engins spatiaux (« Les Pièces »), des cheminées d’usines qui deviennent les plus hauts artefacts jamais construits (« Les Cheminées »).
Cependant, il est clair que ces textes sont surtout prétextes à critiques du grand comme du petit pays. Critiques ironiques et sarcastiques, extrêmement drôles qui renvoient dos à dos les pratiques économiques, politiques et idéologiques des deux ennemis, sans finalement sauver l’un ou l’autre. Pas de mise au pilori du communisme ou de dénonciation de l’impérialisme américain, Yoss fait bien plus intelligent que ça. Il ridiculise habillement tout le monde en donnant à réfléchir au lecteur. Il donne à rire aussi et tout le temps de cette lecture, on ne peut s’empêcher d’arborer un petit sourire de contentement tant il y a d’habileté dans le propos.

Et puisque le lecteur français connaît mal Yoss et la science-fiction cubaine en général, la collection Rivière Blanche enrichit ces textes d’une interview de l’auteur par sa traductrice, nous renseignant ainsi sur ses influences, sur l’état du genre à Cuba et bien sûr, sur l’accueil réservé à de tels écrits.
D’autres « bonus » (photos, biographie, textes) font de ce livre bien plus qu’un « roman novelliste ».

Interférences, Yoss, traduit de l’espagnol par Sylvie Miller, Black Coat Press (Rivière Blanche), novembre 2009, 171 pages, 16€

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