Genesis – Bernard Beckett


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« L’âme est-elle davantage que le bruit que font ses différentes particules ?« 
C’est sur cette citation du philosophe Douglas Hofstadter (universitaire américain spécialisé dans l’intelligence artificielle) que s’ouvre ce roman ; autant dire tout de suite que les jeunes à qui il s’adresse sont avant tout conviés à la réflexion. Mais pas que. Parce que pour porter son propos certes philosophique, Bernard Beckett a choisi la science-fiction, ce genre qui depuis des décennies s’interroge sur l’homme et la société. C’est donc sous la forme d’un roman qu’il interpelle le lecteur, avec tout ce que cela comprend de suspens et de rebondissements.Dans une société futuriste, la jeune candidate Anaximandre se trouve face à un jury de trois personnes. Elle doit passer un examen de cinq heures pour entrer à l’Académie. Elle a été formée, et bien formée, par son tuteur Périclès. Son sujet : la vie et l’oeuvre d’Adam Forde (2058-2077), ce qui implique qu’il est né sept ans après l’instauration de la République de Platon.
Anaximandre est donc interrogée sur rien moins que le mythe fondateur de sa civilisation (postérieure donc à la République de Platon). Grâce à sa présentation, le lecteur apprend donc ce qu’il est advenu du monde tel que nous le connaissons et comment quelques hommes en sont venus à se retrancher sur un archipel derrière une grande barrière pour échapper à une sorte de peste qui décimait le reste de la population mondiale. Adam Forde est celui qui a désobéi au régime en refusant, tout soldat qu’il était, de tirer à vue sur une femme dérivant sur un radeau. Il a dès lors été emprisonné avec Art, un robot à l’intelligence extrêmement développée, à tel point d’ailleurs qu’homme et machine vont avoir des discussions très poussées sur la nature humaine, l’intelligence et la volonté. La conscience fait-elle l’homme ? Une machine peut-elle penser ? Peut-elle agir indépendament d’un programme ? C’est plus qu’une discussion entre Art le robot et Adam Forde, c’est un débat dont on sent bientôt l’importance pour le monde dans lequel vit Anaximandre.

Ce Bernard Beckett réussit quand même l’exploit de rendre intéressant des débats extrêmement philosophiques. Ce qui est d’habitude rébarbatif devient aussi prenant qu’un roman policier car on sent bien, grâce à l’attitude d’Anaximandre et des examinateurs que se joue entre les deux protagonistes quelque chose de fondamental pour l’avenir de la société, voire même de l’humanité. Et on n’est pas déçu à l’arrivée.
Jolie performane donc, qui s’inspire à mon avis de romans célèbres dans le genre qui nous préoccupe mais qu’il est préférable de taire sous peine de gâcher la surprise.

Je vais tenter de prêter ce livre à la prof de philo de mes filles, elle qui essaie de leur faire passer la matière grâce au cinéma (Matrix, Agora  ). J’espère qu’elle sera sensible à ce livre-là.

Genesis (2006), Bernard Beckett traduit du néo-zélandais par Laetitia Devaux, Gallimard Jeunesse, septembre 2009, 185 pages, 11,50€

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