Le Cycle des démons / 1 – Peter V. Brett


Brett.jpgOn assiste encore parfois à de petits miracles dans le monde de l’édition. A savoir que sous une couverture absolument hideuse, la pire que j’ai vue depuis longtemps, on peut trouver des textes réjouissants. C’est d’autant plus inattendu en matière de fantasy et chez un éditeur dont la surabondante production laisse rarement la place à de petits bonheurs comme celui-là.

Le schéma narratif est pourtant très classique : trois jeunes héros, des enfants au départ, qui évoluent séparément jusqu’à ce que leurs chemins se croisent. Ils vivent dans un monde où une fois la nuit tombée, tout n’est plus qu’enfer pour les humains. Les chtoniens sortent alors de terre et terrorisent les hommes qui se cachent derrière leurs runes magiques qui repoussent les monstres. Apeurés et impuissants, ils attendent le jour.
Les parents de Rojer ont été dévorés par des chtoniens, à cause de la lâcheté d’un Jongleur qui l’a recueilli et élevé. La mère d’Arlen est morte à cause des chtoniens, mais aussi parce que son père ne les a pas combattus, parce qu’il n’a rien fait. Arlen a décidé d’agir, de ne pas rester caché et de refuser la vie tranquille que lui propose son père en le mariant. Il veut être Messager, de ces hommes qui passent leur vie sur les routes, jour et nuit, pour acheminer le courrier, mais surtout pour vivre libres. Leesha est apprentie Cueilleuse d’herbes, elle apprend de la vieille Bruna les  mélanges qui guérissent. Paria dans son propre village parce qu’elle ne veut pas se marier, Leesha est la proie des quolibets et des ragots.

Une grande partie du livre nous fait suivre la vie de ces trois jeunes gens, en particulier celle d’Arlen. Le jeune garçon va quitter son village pour rejoindre la ville et, espère-t-il, la guilde des Messagers. Mais il doit d’abord faire son apprentissage, apprendre les runes, apprendre aussi les gens. Il ne se passe dès lors pas grand-chose de grandiose, mais la mise en place de ces trois personnages est vraiment tout à fait intéressante. Ils sont très finement mis en scène, avec beaucoup de crédibilité et de réalisme psychologique. On les suit avec plaisir dans leur évolution. Très peu de clichés aussi, ce qui est salutaire. Pas de prophétie, pas de Puissance qui fomente son retour, pas d’adolescent écervelé qui enchaîne les gaffes. Tout se joue bien plus humainement, dans la lutte des hommes contre la Nuit, et surtout contre la peur. Pour y échapper, ces hommes ont forgé le mythe du Libérateur qui un jour viendra sauver les hommes des chtoniens. Mais Arlen refuse cette image, il veut que ce soient les hommes qui se délivrent eux-mêmes.
J’ai particulièrement apprécié la description du peuple de Krasia, le seul dont les hommes se battent contre les démons. Leur société et leurs rites ressemblent à la religion musulmane, et ils sont les derniers guerriers, les seuls à se dresser contre les créatures monstrueuses. Le sort d’Arlen parmi ces hommes est tout à fait surprenant et c’est ce qui me donne envie de lire de la fantasy comme celle-là : inattendue, originale et humainement très juste.

Quel plaisir d’écrire un billet si positif sur un roman de fantasy, je n’y croyais plus !

Dommage donc que ce roman souffre de quelques erreurs de syntaxe dues à la traduction, du type : « Les démons de bois n’avaient pas d’arbres pour les escalader et s’y camoufler. » (gné ?) ; « Tous deux se firent face à face » ; « Les chtoniens ne s’attendraient pas du tout qu’ils attaquent« … bien dommage ces erreurs…

Le Cycle des démons / 1 : l’homme rune (2008) de Peter V. Brett traduit de l’anglais (américain) par Laurent Queyssi, Milady, septembre 2009, 426 pages,18,99€

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