Adultes

L’enfer des rêves – Theodore Roszak

Roszak.jpgA mon avis, il y a deux Theodore Roszak : celui qui écrit des bouquins formidables, palpitants, inoubliables, et celui qui écrit des livres à suspens, généralement psychologiques et plus ou moins bons comme celui-ci, qui n’est pas mauvais, loin de là, mais qui n’est vraiment pas à la hauteur de son chef d’oeuvre.

Une précision pour commencer. La quatrième de couverture porte en chapeau : « Après La conspiration des ténèbres, Theodore Roszak revient à son thème de prédilection, la manipulation des esprits« . Sauf que si ce livre est traduit chez nous après La conspiration…, la parution américaine est antérieure de six ans. Six ans, c’est beaucoup, ça laisse le temps de se perfectionner.

Le docteur Devane soigne dans sa clinique des enfants autistes. Il est aidé par une patiente qui a l’incroyable pouvoir de pénétrer dans les rêves. Le médecin peut ainsi connaître la personnalité la plus cachée de ses patients, par ailleurs peu communicatifs. Arrive à la clinique une vieille bonne soeur guatémaltèque exilée de son pays pour activisme politique : elle prêche la révolution, appelant les paysans à se libérer de leur misère par la rébellion. Gauchiste pour certains, sainte pour d’autres, elle inquiète en hauts lieux et au sein même de l’Église. Son admission à la clinique Devane est plus qu’un simple séjour de repos : ses ennemis les plus influents l’y ont placée pour qu’elle manifeste des signes évidents de folie et que le prix Nobel de la Paix, pour lequel elle est pressentie, lui passe sous le nez. C’est que dans cette clinique, on n’entre pas fou, on le devient…

Je ne dirais pas que ce livre est inintéressant, juste qu’il n’est pas original dans le ton et la conception. Le sujet l’est (des gens qui pénètrent à l’intérieur des rêves et les manipulent) et le traitement n’en est que plus décevant. Franchement, on se doute de tout ce qui va arriver et qui fait figure de rebondissement : le personnage de Smitty, les déboires de Laney, la conversion de Ripley. Et ça ressemble à un thriller à l’américaine comme on en a déjà lu cent avec ses vrais méchants et ses vrais gentils.
Le personnage intéressant de l’histoire, c’est soeur Constancia et tout ce qu’elle représente d’espoir face à la corruption. Les autres personnages sont beaucoup trop prévisibles pour soutenir l’attention. D’ailleurs, la mienne s’est parfois perdue dans les méandres de quelques rêves interminables.

Aurais-je déjà lu le meilleur livre de Theodore Roszak ? J’en serais désolée…

L’enfer des rêves (Dreamwatcher, 1985), Theodore Roszak traduit de l’anglais (américain) par Edith Ochs, Le cherche Midi (Néo), novembre 2009, 397 pages, 20€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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