Jeunesse

Hunger Games – Suzanne Collins

CollinsSuite aux « catastrophes naturelles, sécheresses, ouragans, incendies » … l’Amérique du Nord est devenue Panem, avec une capitale surpuissante, le Capitole, entourée de douze districts. Chacun doit produire une denrée particulière, toujours la même. Pour le district douze, c’est le charbon, ce qui ne fait pas de ses habitants des privilégiés. Lors des annuels Hunger Games, ils sont toujours les bouseux de service. Mais avec Katniss et Peeta, les choses vont peut-être se dérouler différemment, en tout cas ils y croient. Katniss, seize ans, s’est portée volontaire pour ces jeux de la mort (plutôt que de la faim…), tandis que Peeta, malgré le danger, se réjouit de suivre la jeune fille.

Et la règle du jeu est simple : vingt-quatre candidats, un garçon et une fille entre douze et dix-huit ans pour chaque district, et un combat à mort jusqu’à la survie d’un seul. Le jeu est obligatoire (nul ne peut refuser de participer sous peine de prison) et télévisé ; tous les habitants de Panem doivent le regarder, engager des paris sur le gagnant et célébrer la victoire du district qui l’emportera et sera riche de denrées essentielles pendant un an.

Ce livre rencontre partout un succès considérable, l’enthousiasme est général autant chez les jeunes que chez les adultes (pour ma part, c’est plus des réactions dithyrambiques d’adultes que j’ai lues). Je me méfiais pourtant beaucoup avant de lire ce premier tome, car des livres sur la dérive des médias et sur la télé réalité, j’en ai déjà lus beaucoup, même si on se cantonne à la SF : la nouvelle quasi fondatrice du genre « Le prix du danger » de Robert Sheckley (qui a donné lieu au film d’Yves Boisset en 1983), Jack Barron et l’éternité de Norman Spinrad, Running Man de Stephen King, et pour la jeunesse, Le dos au mur de Christophe Lambert. Et pour le jeu d’extermination jusqu’au dernier, on pense bien sûr à Battle Royale Pouvait-on écrire quelque chose de neuf et d’intéressant sur le thème ? De neuf, pas vraiment, mais d’intéressant sans aucun doute, car Suzanne Collins manie le rebondissement avec savoir-faire. Toute l’affaire est de savoir, non pas si (on est dans un roman jeunesse, quand même) mais comment, Katniss et Peeta vont remporter les jeux, c’est-à-dire se débarrasser d’adversaires qui ont parfois l’air beaucoup plus costauds ou malins qu’eux. Une fois les jeux commencés, tout n’est plus qu’action, ou quasi car il y a quand même place pour l’amourette. La narration au présent ne fait qu’accélérer le rythme de cette traque sanglante, et l’héroïne, Katniss, est suffisamment bien campée pour emporter l’adhésion du public adolescent.

Ce que je m’explique moins, c’est l’engouement général des adultes. Oui, c’est un bon livre, bien écrit, à conseiller vivement au public cible, mais pour ma part, j’ai déjà rencontré des personnages autrement plus complexes et intrigants et il faut quand même bien avouer que le suspens est absolument inexistant. Même si Suzanne Collins manie le page turner avec brio, il n’y a pas un moment où l’on peut supposer que Katniss et Peeta ne vont pas gagner…si ?

Et puis vraiment, je me suis interrogée pendant tout le livre sur l’attitude des habitants des districts : pourquoi ne se révoltent-ils pas ? Pourquoi acceptent-ils d’envoyer leurs enfants à la boucherie, de regarder les jeux ? Peur d’aller en prison ? Mais ce serait un honneur d’aller en prison et d’y passer sa vie pour avoir tenté de dénoncer une telle horreur, voire même de mourir pour qu’ils n’aient pas lieu. Tout au long de ma lecture, j’ai été extrêmement gênée par cette attitude, que l’auteur ne dénonce nullement. Katniss n’envisage jamais de ne pas jouer le jeu, et aucun ne refuse de commettre des meurtres sous prétexte de gagner et de faire la fortune de son district. Ces gens-là n’ont-ils aucune conscience ? Sont-ils décérébrés, endoctrinés ? Cela n’est dit nulle part… Ces jeunes-là vont à l’abattoir sans que personne ne bronche et ça me gêne…

Alors oui, Hunger Games est un bon roman pour adolescents, je le leur conseillerai vivement à la bibliothèque, mais il manque à mes yeux de regard critique ce qui est vraiment dommageable pour un roman qui entend dénoncer les égarements et dérives des médias. Il faut savoir refuser d’obéir.

Hunger Games (2008), Suzanne Collins traduite de l’américain par Guillaume Fournier, Pocket, octobre 2009, 398 pages, 17.90€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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