Adultes

Petits arrangements avec l’éternité – Eric Holstein

Aujourd’hui à Paris vit une population qu’on n’imagine pas. Alors Eric Holstein l’a imaginée pour nous, accommodant le mythe du vampire d’une louche d’argot et d’un zeste de souvenirs.

Parce que voilà, ces vampires-là ne se nourrissent pas de sang mais d’émotions et de mémoire, laissant leurs victimes bien vivantes mais amnésiques. Ils mangent donc comme tout un chacun, ne craignent pas la lumière et ne passent pas la journée dans leurs cercueils au fond d’une crypte. Ils n’en sont pas moins éternels, dès qu’ils ont été éveillés par un maître.

Eugène lui est Parisien depuis toujours, né en 1893 et éveillé en 1919. Pour survivre il pratique le métier très lucratif de voleur, faut bien manger… Voilà qu’un jour il croise « les bouclettes platine trop familières de Grace. Toujours la même. Veste en cuir blanc sur une jupe rouge sang, et l’air vaguement pouffiasse. Vulgaire en fait. […] Voir Grace, même de loin, c’est comme un chat noir, un œillet ou treize à table ; c’est un mauvais présage. Tout ce que ça peut annoncer, ce sont les emmerdes. ».

Et les ennuis commencent car Grace a promis à un de ses nombreux amants de le transformer en vampire comme elle. La voilà bien embêté, Eugène et son pote clodo Slawomir sont furieux parce que l’éternité, ça n’est pas un truc à raconter à la légère, et de toute façon, transformer Lashandra Parapac en vampire, ils ne peuvent pas à moins d’un rituel qui d’ailleurs n’a jamais fonctionné. Mais le maquereau refuse de s’en laisser conter et décide de s’octroyer l’aide des Gin Ko Shikari ennemis mortels des vampires depuis au moins le XVe siècle. Le but de cette secte est l’élimination pure et simple des vampires, et ils sont véritablement très efficaces. Mikolaj Copernic, qui a connu le Dernier des Premiers, lutte depuis lors, courant l’Europe pour survivre.  Mais Slawomir, qui n’est pas le clodo dont il a l’air mais un Maître, et Copernic vont s’affronter dans la lutte contre les Gin Ko Shikari, mettant en péril la survie de la race.

Voilà donc encore des vampires. Des affreux, des qui rotent et qui pètent, qui disent plein de grossièretés et parlent argot. Exit le glamour, bonjour Michel Audiard. Eugène, narrateur de cette histoire parle en effet un argot très enlevé qui fait infailliblement penser aux films français des années 50-60, avec comme de juste, bagarres et gros calibres. On ne peut donc pas reprocher à Eric Holstein de ne pas avoir changé la perspective vampirique. C’est assez surprenant, plutôt sympathique, mais pas complètement passionnant. Si la balade dans Paris, souvent nocturne et mal famée, est appréciable, l’intrigue elle-même n’est pas palpitante. Elle se résume à l’affrontement vampires / Gin Ko Shikari et donne lieu à de trop nombreuses scènes de bagarres qu’au bout d’un moment j’ai sautées parce que bon, on n’est pas dans Matrix et les bastons qui durent dix pages, c’est long. L’événement final me laisse tout à fait sceptique, je n’en comprends pas la logique avec le passé des vampires, et la présence massive des forces de police (RAID, GIGN) renforce le côté film, mais cette fois plutôt années 70, entre Belmondo finissant et Louis de Funès, c’est moins glorieux.

La lecture n’est donc pas désagréable, certainement pas inoubliable, mais le style original de l’auteur qui nous livre ici son premier roman laisse à penser que le meilleur est à venir.

Eric Holstein sur Mes Imaginaires

 

Petits arrangements avec l’éternité, Eric Holstein, Mnémos (Dédales), septembre 2009, 300 pages, 22 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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