Adultes

Déluge – Stephen Baxter


Pour tenter d’échapper à la fantasy et aux vampires, me voilà choisissant un roman de SF, qui se font de plus en plus rares dans le paysage des littératures de l’Imaginaire en France en ce moment… Mon choix s’arrête sur Stephen Baxter, que j’ai tort de croire trop scientifique pour moi car ici, point de science mais de l’eau, beaucoup d’eau, comme son titre l’indique.
Tout commence en 2016 alors que quatre otages prisonniers de fanatiques religieux sont libérés. Ignorants du monde depuis cinq ans, c’est avec des yeux quasi neufs qu’ils découvrent le monde à leur retour et qu’ils vont devoir aussitôt faire face à des inondations sans précédent. On suit plus particulièrement Lily, trente-cinq ans qui va lutter contre la montée des eaux dans la capitale britannique. Mais l’inondation n’est pas passagère, bien au contraire, et même s’il arrête de pleuvoir, le niveau de la mer continue de s’élever. Si bien qu’en 2017 :

L’estuaire de la Tamise s’était élargi pour former une baie qui transformait les landes de l’Essex et du Nord du Kent en marécages. Les plages des stations balnéaires de la côte sud avaient disparu. Dans le Somerset, la mer avait avalé les landes et les tourbières, et léchaient Glastonbury Tor

Tant et si bien  qu’en 2019, la Floride et la Louisiane ont presque disparu, de même que certains quartiers de New-York.
Les hommes se dirigent vers les hauteurs, dans la Cordillère des Andes en particulier ou l’homme d’affaires Nathan Lammockson regroupe ses billes autour de Project City, un havre pour nantis tandis que les pauvres du monde entier tentent de résister. Mais en 2035, le niveau de la mer s’élève à plus de huit cents mètres par rapport au niveau de référence 2010 et l’effondrement des terres submergées accélère encore le processus.Stephen Baxter emmène sont lecteur jusqu’en 2044 mais je ne puis vous décrire la situation qu’il imagine alors, ayant arrêté ma lecture page 321. Car si les phénomènes observés sont tout à fait passionnants à suivre, sur plus de cinq cents pages, c’est assez long et finit par être ennuyeux tant Baxter n’accorde pas assez de place à ses personnages pour soutenir l’attention du lecteur. Passé deux cent cinquante pages, on sent un louable effort pour concentrer « l’intrigue » autour de Lily, mais pour ma part, elle m’a semblé beaucoup trop désincarnée pour que je m’intéresse à son sort. Les motivations de chacun me semblent assez floues, en tout cas beaucoup trop anecdotiques à mon goût. On sent que ce qui intéresse Baxter, c’est la montée des eaux et ses causes, et il ne se prive pas d’ajouter ses propres théories à celles que le grand public connaît déjà (réchauffement climatique – et non pas réchauffement global pour traduire global warming… -, fonte de la glace des pôles). Théories intéressantes d’ailleurs, mais pas sur cinq cents pages…

Ce roman s’inscrit donc dans la grande tradition apocalyptique chère aux Anglo-Saxons. On citeraLa mère des tempêtes de John Barnes, Un ami de la Terre de T.C. Boyle, Bleue comme une orange de Norman Spinrad et bien sûr Le monde englouti de J.G. Ballard (entre beaucoup de très bons autres). Je ne saurai trop vous conseiller de choisir parmi ces classiques du genre un bon moyen d’envisager la fin de la race humaine car il ne me semble pas que ce roman de Baxter doive rester dans les annales du genre.

Stephen Baxter sur Mes Imaginaires

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Déluge (Flood, 2008), Stephen Baxter traduit de l’anglais par Dominique Haas, Presses de la Cité, octobre 2009, 551 pages, 24€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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