Jeunesse

Eon et le douzième dragon – Alison Goodman

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Le livre débute à la veille d’une grande cérémonie : le dragon Rat va choisir son nouvel apprenti. Douze jeunes garçons se sont entraînés pour prétendre à ce poste qui leur permettra de devenir plus tard Œil du dragon. Dans cet Empire du Dragon Céleste, mi-chinois mi-japonais, il y a douze dragons (tous liés à un signe astrologique chinois), douze Yeux du dragon et douze apprentis qui veillent sur l’équilibre de l’Empire. Sauf que depuis trois cents ans, le dragon Dragon (le dragon Miroir) ne s’est pas manifesté et le siège de son Oeil au Conseil est vide. Contre toute attente, Eon est choisie par le dragon Miroir et le conseil des Douze ainsi reformé. Mais Eon est une femme de seize ans et non un jeune garçon de douze comme elle et son maître le prétendent. Le conseil étant strictement réservé aux hommes, elle sera mise à mort si quelqu’un apprend sa véritable identité. Alors pourquoi le dragon Miroir l’a-t-il choisie ? Et pourquoi lors de la cérémonie de reconnaissance ne lui a-t-il pas révélé son nom, la privant ainsi du pouvoir de l’invoquer ?

Eon va devoir affronter bien des difficultés pour occuper la place à laquelle elle a droit, en particulier la terrible hostilité de sire Ido, l’Oeil du dragon Rat qui souhaite accéder au pouvoir impérial et ne recule pour ça devant aucun crime et aucun pouvoir malfaisant.

Que de richesses dans ce roman et quel plaisir de lire enfin un roman intelligent sur les dragons. Il faut dire que Alison Goodman ne fait pas qu’inventer, elle se base sur les arts et traditions anciens de la Chine et du Japon qu’elle utilise et détourne pour plonger son lecteur au cœur d’une magie ancestrale et vraiment originale. A la base du pouvoir des Yeux du dragon il y a le hua,l’énergie vitale présente en chacun de nous. En manipulant le hua, ils peuvent influer le cours de la Nature, évitant par exemple les inondations catastrophiques dues aux moussons. Il s’agit pour eux d’optimiser le hua, principe primordial assimilable à l’art du feng shui qui s’attache à équilibrer les flux de qi (énergie environnementale) pour atteindre l’harmonie. Le feng shui se pratique à l’aide d’une boussole, celle-là même qu’Eon essaie de déchiffrer (et que le traducteur désigne sous le mot de « compas », je ne sais pourquoi…).

Sur le thème du roman d’apprentissage, Alison Goodman traite principalement de la corruption du pouvoir et de la place des femmes, à travers sa belle héroïne.

Eon est un personnage très riche, très vulnérable puisqu’en plus d’être une femme dans ce monde d’hommes, elle est estropiée. Mais elle a une volonté indestructible, un désir de prouver qu’elle est digne de son poste qui va bientôt se mêler à une soif de vengeance. Sa situation au palais est terriblement dangereuse et le lecteur craint toujours que le pire ne lui arrive. Son destin personnel se lie bientôt à celui de tout l’Empire, menacé par les ambitions de sire Ido. Celui-ci semble en effet rejoindre les partisans isolationnistes du frère de l’Empereur, alors que le prince souhaite continuer, après son père, la politique d’ouverture vers l’étranger qui fut la sienne. Les personnages ne sont pas d’une grande ambiguïté mais ils sont pourtant très intéressants car l’auteur accorde une place importante à leur psychologie, aux liens qui les attachent, aux conflits, et à leurs passions qui doivent s’accorder à la stricte étiquette de la vie au palais.

Autant dire que l’aventure est au rendez-vous, et des plus dépaysantes. Se basant sur de solides connaissances et une dimension politique consistante, Alison Goodman n’en alourdit pas pour autant son texte qui pour être parfois très descriptif, n’en est pas moins passionnant. Certains passages pourront peut-être sembler un peu longs, qui sont dus à la volonté de l’auteur de créer des personnages et un univers aussi riches que crédibles. La cour impériale prend donc vie sous les yeux du lecteur, les dragons se matérialisent et les combats aux stricts enchaînements se déroulent dans l’arène là, juste à nos pieds…

Les amateurs du Clan des Otori devraient trouver leur bonheur avec ce livre (le traducteur est d’ailleurs le même), ainsi que ceux qui sont las des livres jeunesse mettant en scène un jeune héros et son gentil dragon qui doivent sauver le monde. Ce livre sort d’ailleurs simultanément en édition adulte à La Table ronde.

Alison Goodman sur Mes Imaginaires

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Eon et le douzième dragon (2008), Alison Goodman traduite de l’anglais par Philippe Giraudon, Gallimard Jeunesse, septembre 2009, 528 pages, 19€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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