Jeunesse

De l’autre côté de l’île – Allegra Goodman

A l’âge de dix ans, la petite Honor et ses parents emménagent sur l’île 365. Elle va à l’école mais n’est pas très attentive, un peu trop curieuse et surtout, elle ne sait pas tenir sa langue : pourquoi enseigne-t-on des choses totalement fausses sur le Nord dont elle vient ? Elle se souvient bien elle que là-bas, les feuilles tombent en automne. Mais s’en souvient-elle vraiment ? Peu à peu, ses souvenirs semblent l’abandonner…
Et ses parents qui ne répondent pas à ses questions, qui font des choses Pas Autorisées, attirant sur eux l’oeil des surveillants de la Compagnie. C’est que pour la plus grande honte d’Honor qui voudrait passer inaperçue, ses parents font figure de marginaux et n’acceptent pas les préceptes des dirigeants qui « décident combien d’enfants il doit y avoir dans une famille, comment ils doivent s’appeler, où ils doivent aller à l’école et ce qu’ils doivent penser, […] où doivent vivre les gens, ce qu’ils doivent acheter et comment ils doivent s’habiller, […] et contrôlent ce que les gens lisent… » Ses parents lui ont donné un mauvais prénom, ils sortent après le couvre-feu et ont un deuxième enfant. Ils lui disent que le monde est vaste, les étoiles nombreuses et le climat changeant.
Alors, la Compagnie n’a-t-elle pas trouvé, comme elle l’affirme, une réponse à la guerre, aux déchets toxiques, à la famine, à la surpopulation, la pénurie de ressources qui ont mis fin à la société telle que nous la connaissons ? La Mère Nourricière ne serait-elle pas aussi bonne que ce qu’on enseigne à l’école ? Bientôt, Honor découvrira que ce n’est que grâce au Raisonnement persuasif et au Renforcement positif que les gens sont persuadés de vivre dans une société idéale.

Voici une dystopie qui respecte les règles du genre : une société autoritaire, des gens soumis, une religion qui les endoctrine. Et puis quelques opposants, des failles et des incohérences dans le système qui laissent apparaître des contradictions idéologiques. Tout cela en terrible résonnance avec la société actuelle, ses excès et ses dérives.
On s’interroge, bien sûr : la catastrophe écologique vers laquelle on tend n’aurait-elle pour seul remède que l’instauration d’un régime autoritaire pour que l’humanité, dénuée de libre arbitre, laisse une chance à la planète ?

Des interrogations bien en phase avec l’actualité, portée par une héroïne intéressante qui dans un premier temps essaie de se comporter comme tout le monde et ne prend que peu à peu conscience que le modèle auquel elle aspire n’est pas si idéal que ça. Le rythme est assez lent, le lecteur a le temps de suivre l’évolution d’Honor, mais la narration sans fioritures ni rebondissements pourra peut-être sembler monotone à certains lecteurs avides de péripéties et d’action.

De l’autre côté de l’île, Allegra Goodman traduite de l’anglais (américain) par Jean Esch, Thierry Magnier (Grand format), mai 2009, 373 pages, 17 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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