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Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde – Steven Hall

Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'ondeL’amnésie est un fabuleux ressort romanesque pour qui sait le manier. J’ai lu il y a quelque temps L’amnésique de Sam Taylor que j’ai en ce domaine trouvé très réussi. Steven Hall s’en sort un peu moins bien, guidé, à mon sens, par une furieuse volonté de faire abscons.

Un homme se réveille et ne sait plus qui il est. Grâce à des lettres envoyées par son ancien moi (comment fait-il pour ne pas les recevoir toutes en même temps, je ne sais pas) et à un médecin psychiatre, il apprend qu’il se nomme Eric Sanderson et qu’il n’en est pas à son premier oubli. Qu’il a dû, quelques années auparavant, faire face à la mort de Clio, sa fiancée, et que cet épisode traumatique a mis a mal sa santé mentale. Il se rend compte également qu’il est poursuivi par un ludovicien, poisson conceptuel, sorte de requin qui mange les souvenirs.

Il va tenter de retrouver Clio, celle d’avant sa mort pour lui éviter l’accident fatal. Pour ça, il doit explorer le non-espace et trouver le docteur Trey Fidorous, toujours sur les indications de son ancien moi. Un jeu de piste s’amorce, basé essentiellement sur le langage car les lettres de l’ancien Eric Sanderson sont des énigmes, des messages codés, sans clés, bien sûr. A force de mots, de signes et de concepts, Eric va construire un bateau, un vrai et partir sur les mers tel le capitaine Achab. Mais le requin est toujours sur ses traces et surgit lentement des pages, tout fait de mots pour le lecteur et menaçant pour Eric.
Il est clair que Steven Hall, pour son premier roman, a voulu bousculer son lecteur en chamboulant les codes de la fiction traditionnelle. Si on reconnaît bien les principes de l’histoire d’amour et du roman d’aventure, on est très vite déstabilisé par les lettres, les codes, les dessins, les pages blanches. Et les troubles dont souffre Eric  sont bien sûr liés au sentiment d’étrangeté qui s’empare peu à peu du lecteur.

Ce livre demande donc un sérieux effort de concentration, si ce n’est de compréhension. Je n’arrive personnellement pas à me départir de l’idée que Steven Hall cherche à épater. Certes, son texte est savamment construit, mais au final, il n’est pas aussi éblouissant que l’effort qu’il nécessite le laisserait croire. Plus prosaïquement, je dirais : tout ça pour ça…

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Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde (2007), Steven Hall traduit de l’anglais par Pierre Guglielmina, Robert Laffont, avril 2009, 437 pages, 21€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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