Gagner la guerre – Jean-Philippe Jaworski


Gagner la guerreJ’ai raté la première publication de Jean-Philippe Jaworski, Janua Vera, alors laissez-moi vous dire que si c’est aussi votre cas, il ne faut pas négliger Gagner la guerre, son premier roman, sans quoi vous passeriez à côté du meilleur de la fantasy française, je m’explique.
Dès les premières pages, nous voici transportés par la faconde de Benvenuto Gesufal à Ciudalia, cité-état qui offre quelques ressemblances avec la Venise de la Renaissance : une ville puissante, commerçante, en conflit avec des adversaires déterminés, de grandes familles aristocratiques et une soif de pouvoir qui justifie tout. Deux podestats  gouvernent cette République, mais quand s’ouvre le roman, Leonide Ducatore est en fait le seul puisqu’il s’est arrangé pour faire éliminer son collègue et son successeur éventuel (je n’en dévoile pas trop, c’est le premier chapitre…). C’est Benvenuto Gesufal, son homme de main, qui se charge de la basse besogne et de son récit, pour notre plus grand plaisir.
Si Benvenuto s’acquitte avec maestria de son travail, la suite des événements lui sera moins favorable puisque, chargé secrètement par son patron de négocier les termes de la reddition du royaume de Ressine avec le Chah Eurymaxas, il est emprisonné après avoir été tabassé si violemment qu’il en est quasi défiguré. Benvenuto fait cependant un retour triomphal à Ciudalia où est accueilli en sauveur par la famille de celui qu’il a assassiné. C’est que le podestat Ducatore a préparé son retour, et il s’y entend en termes de manipulations. Mais pour une fois, il n’a pas toutes les cartes en main et cet assassinat n’a pas fini de brouiller la donne : manigances, trahisons, meurtres, exil, le tandem Ducatore-Gesufal va passer par bien des épreuves, y compris celle du doute. Car l’assassin loyal finira par douter des intentions de son maître à son égard, car finalement, que vaut la vie du vulgaire devant le pouvoir ?
Pour tous, en fait, je n’étais qu’un outil, et un outil qu’on ne se privait pas de raboter, d’aiguiser ou d’émousser pour en tirer le meilleur usage. J’aurais presque préféré n’être qu’un chien […]. Au moins, les choses auraient été plus simples et plus claires. Qu’est-ce que j’étais d’autre, en définitive ? On m’avait dressé, on m’avait marqué ; et même si j’étais un animal de luxe capable de rendre de beaux services, je restais un simple claubaud que le premier sanglier venu pouvait éventrer sans que cela affecte vraiment ses maîtres…
Eh oui, d’abord si sûr de lui, don Benvenuto n’a pas fini de s’interroger et de se lamenter sur son sort. Celui de la République, il s’en fiche un peu, car l’animal est surtout un hédoniste qui a appris à courir vite et à se battre. Il est aussi menteur, tricheur, baiseur, profiteur… mais heureusement pour le lecteur, c’est un fort en gueule dont la gouaille vous enchaînera tout au long de ses quelques sept cents pages. Avec une verve de harengère, il vous transportera sur les mers, dans ses geôles, à travers les ruelles sordides de Ciudalia ou dans ses palais ruisselants de richesses. C’est que la plume de Jaworski peut aussi se faire extrêmement descriptive avec un tel sens de la précision que soit vous sauterez les passages concernés, soit vous verrez se dessiner sous vos yeux un monde de fantasy comme peu d’auteurs français savent les dessiner. Les contextes économiques, historiques et bien sûr politiques sont d’une rigueur rare dans ce genre.
Des magiciens oui, des elfes aussi, mais qui sont loin d’être le centre de l’intrigue de Gagner la guerre (c’est surtout à la force de ses bras et de ses jambes que Benvenuto échappe aux dangers et heureusement pour lui, il court vite…).
Le coeur de Gagner la guerre, pourtant réjouissant, c’est le pouvoir : jusqu’où Leonide Ducatore peut-il aller pour régner sur Ciudalia ? Combien de gens peut-il trahir et faire assassiner ? Sa personne peut-elle se confondre avec l’Etat et son ascension être justifiée par la gloire de la cité ? On ne s’y trompe pas : il y a du Machiavel et du Napoléon sous cet homme-là. Jaworski n’en transforme pas pour autant son roman en traité ou en pensum car il aime aussi la castagne, les courses sur les toits et le détroussage contre-nature de demoiselles trop curieuses…

Allez, musclez vos bras, on en prend pour un bon kilo, mais au final, que du bonheur !

Gagner la guerre, Jean-Philippe Jaworski, Les Moutons électriques, février 2009, 684 pages, 28 €

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