Adultes

Contre mes seuls ennemis – Isabelle Jarry

Le poulet aux hormones, la vache folle, les grippes aviaire et porcine, on le sait, on a réussi à rendre les animaux complètement dingues et maintenant, ils se vengent. Ce n’est que justice et amis des bêtes ou simples prévoyants pouvaient se gaver salades et autres herbes en passe de devenir la seule alimentation saine sur cette planète.
O doux rêveurs herbivores, Montsanto est passé par là et il n’y aura jamais assez de José Bové pour détruire tous les plans de maïs transgénique. Bref, l’humanité disparaîtra, bon débarras (pour reprendre le titre d’un ouvrage très instructif d’Yves Paccalet) et la Terre ne s’en portera que mieux. Bien des auteurs de science-fiction (à peine) lui on déjà imaginé un avenir de bonheur végétal (Le monde enfin de Jean-Pierre Andrevon, par exemple), de ces végétaux qui ne sont peut-être pas les meilleurs amis de l’homme, allez savoir…

En 2025, Basile Archimède arrive au Centre de Microbiologie du Sol et de l’Environnement basé à Dijon. Son truc à lui, ce sont les plantes, comment elles se multiplient (ou pas), comment elles se défendent contre les attaques (ou pas), comment elles se transforment ou périclitent. Alors pour lui ce centre, c’est le bonheur : il se cloître, ne voit personne et fait l’amour à ses plantes, que demander de mieux ? Quand il s’enferme dans les sous-sols pour rêver un peu (chacun son paradis sur Terre..), il trouve quand même bizarres toutes ces fissures et la prolifération de mousse blanche çà et là dans l’établissement. Et vu que certains de ses collègues bossent quand même sur des virus et autres bactéries aussi puissantes que mortelles, notre jeune scientifique qui n’aspire qu’à la tranquilité de son laboratoire (et aussi peut-être à la poitrine de la belle Jacinthe, qui malheureusement n’est pas une plante…), commence à s’inquiéter. Et le lecteur aussi.

Voici un roman hybride qui mêle les genres et les registres. Le jeune scientifique boutonneux et introverti qui fait ses vrais débuts et regrette son île ; la petite amourette qu’il noue avec une autre scientifique qui a peut-être la cuisse légère… autant d’éléments qui donnent un ton de comédie. Mais aussi des « transvirus qui provoquent des réplications externes« , de « nouveaux prototypes de bactéries automutantes« , des mastovirus et des blastospores qui me laissent dubitative, moi qui ne sais distinguer une laitue d’une batavia… Vocabulaire scientifique donc, qui ne gène cependant pas la lecture de néophytes comme moi et qui réjouira certainement les spécialistes.
Un mélange bien pesé qui donne un ton léger à ce qu’on devine à la pointe en matière de dangers et de recherches en pathologie végétale (c’est la spécialité de l’auteur).
Je regretterai juste que cette anticipation biologique ne soit pas vraiment prenante. Est-il un peu trop court ce roman pour qu’on s’attache vraiment à son héros qui pourtant ne manque pas de potentiel et pour que les enjeux de ces querelles de laboratoires et autres manipulations soient explicités de façon vraiment inquiétante ? Toujours est-il que pour être agréable, ce moment de lecture ne sera pas inoubliable, peut-être juste de quoi regretter que peu d’auteurs s’adonnent au genre de la comédie scientifique.

Contre mes seuls ennemis, Isabelle Jarry, Stock, juin 2009, 203 pages

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