A vos souhaits – Fabrice Colin


Avis à tous ceux que la fantasy guerrière et médiévale fatigue. Fabrice Colin nous invente un Londres pas banal et nous fait rire, enfin, avec cette parodie tout à fait réjouissante.
Newdon, XIXe siècle. L’Énorme reine Astoria règne sur une ville pluvieuse à souhait. Et de la pluie, John Moon en a ras-le-bol. De son équipe de Quartek aussi, qui se ridiculise à chaque match, de sa mère, et de la vie en général. Il voudrait bien se suicider, mais la vie s’accroche à lui, pas croyable ! Alors il décide d’ouvrir un cabinet, de s’introniser psychologue puisque Newdon compte plus de dépressifs que… que quoi d’ailleurs ? Y a-t-il d’autres villes aux alentours…?
Bref, son petit commerce a l’air de marcher plutôt pas mal jusqu’à ce que le Diable s’en mêle. Oui, le Diable. C’est qu’il vient juste d’être libéré du tombeau où il était tenu prisonnier, par le baron Mordayken, puissant rejeton d’une illustre lignée de nécromants et astrologue royal. Pour se venger des Trois Mères (la Mort, la Nature et la Magie), le Diable charge Mordayken de lui trouver trois personnes en totale opposition avec les principes personnifiés par les trois Mères : la première doit être « une insulte vivante aux lois de la nature, […] le nain le plus pathétiquement inapte aux magies de la Nature » ; la seconde « un très mauvais illusionniste. Irrécupérable. Même pas capable de faire sortir un lapin de son chapeau. » ; et enfin, « un humain rétif à la mort« . John Moon fait bien sûr un candidat épatant, et ses amis le nain Gloïn McCough et l’elfe Vaughan Oriell sont tout désignés.  Ils devront boire une potion qui attirera irrésistiblement chacune des Mères dont ils sont les antithèses pour les emprisonner. Manque de bol, si le nain et l’elfe boivent bien le breuvage en question, c’est un dragon qui sirote celui de John Moon, et voilà la Mort prisonnière de Gryphius le dragonnet…

Tout ça est très drôle, divertissant et bien mené. Fabrice Colin reprend les codes du genre en en faisant un peu plus et emporte l’adhésion avec des personnages truculents au premier rang desquels ce John Moon dépressif dont les réflexions sont vraiment savoureuses. La grosse Astoria ne manque pas non plus d’un certain charme démoniaque et toutes les créatures du petit peuple se trouvent ici rassemblées pour un opus qui gagne au jeu de la parodie. Juste dommage qu’on ne voie pas un peu plus ce Newdon, avec son cimetière de Veryhighgate « qui, dans la journée, pouvait presque passer pour un cimetière comme les autres », son palais de Broad-In-Gham et surtout ce Grand Marionnettiste qui nous embrouille cette histoire car :
« Le monde tel que nous le connaissons est dépourvu de toute signification. Nos vies ne sont que des jouets entre les mains d’un créateur omnipotent, présidant à nos destinées derrière un immense écran de fumée. C’est la raison pour laquelle il fait toujours moche ici, la raison pour laquelle le brouillard est toujours si opaque : les fils. Nous ne devons pas voir les fils, et moins encore les mécanismes du décor. La brume n’est qu’un artifice destiné à dissimuler les rouages de la création véritable. Nos existences chaotiques ne sont, au mieux, que de vicieuses parodies littéraires. Et elles le resteront tant que nous n’aurons pas pénétré les desseins du Grand Marionnettiste. »
Vous voilà prévenus…

Fabrice Colin sur Mes Imaginaires
A vos souhaits, Fabrice Colin, J’ai Lu, 2004, 381 pages, 7,60€

.
.

Pour recevoir un mail à chaque nouvel article publié :

.

Mark a onze ans. Il vient de quitter Londres pour aller vivre au bord de la mer, à Brighton, ville endormie à ses yeux, avec sa mère malade et son beau-père, David. Il déteste ce dernier qui entend tout gérer dans la maison, les repas, les sorties de sa mère,…
Voici un livre totalement original que j'ai grand plaisir à vous présenter car il m'a immédiatement séduite. Edité par les éditions Futuropolis, il n'a rien à voir avec une bande dessinée puisque que sur chaque double page ne figurent qu'un dessin sur l'une et le texte sur l'autre. Mais quels…

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *