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Majestrum – Matthew Hughes

MajestrumHenghis Hapthorn est « le plus illustre discriminateur privé de Vieille Terre », entendez le meilleur détective privé, et il le sait. Un poil prétentieux, il va pourtant devoir en rabattre vu qu’il souffre, depuis un regrettable incident, d’un dédoublement de personnalité assez encombrant. Il cohabite en effet intérieurement avec son double, son « alter ego intuitif », la part magique de lui-même qui lui souffle des idées qui défient la rationalité. C’est qu’Henghis Hapthorn est le seul à savoir que l’humanité est à l’aube d’une ère nouvelle, ou plus exactement d’un retour programmé à l’ère de la magie.
« Je ne pus m’empêcher de repenser au sentiment d’effroi qui m’avait saisi lorsque mon compagnon intérieur était apparu, que mon intégrateur s’était métamorphosé, et que j’avais compris que ce monde de rationalité dans lequel je m’intégrais si bien allait bientôt laisser place au royaume de l’association par sympathie – autrement dit, de la magie – dans une nouvelle itération du grand cycle qui se perpétuait depuis des milliards d’années.« 

Angoisse certes, mais aussi bénéfices, puisque le célèbre discriminateur peut jouer sur les deux plans, magie et rationalité. Comme lui d’ailleurs, son intégrateur (assistant de recherches et communications interconnecté) a définitivement muté, passant du stade de simple appareil à celui de véritable animal, quelque chose entre le chat et le singe, lové sur son épaule et doué d’une grande propension au sommeil.
Ce n’est donc pas seul qu’il commence à enquêter pour le compte de lord Afre, aristocrate qui s’inquiète pour sa fille et unique héritière courtisée par un inconnu surgi de nulle part. Enquête relativement simple, en apparence, mais sur laquelle il reviendra quand il se mêlera de découvrir qui a pu fomenter un complot contre l’Archonte Filidor en personne. Ces deux enquêtes le mènent sur les traces d’un livre codé et du magicien Baxandall, jadis à l’origine de son dédoublement, des civilisations perdues du désert de Barran, réduites à néant par une gigantesque explosion à haute teneur maléfique et de cadavres étranges privés de significatives parties de leur anatomie.

Pas facile d’énoncer clairement les tenants et aboutissants de cette histoire tant l’univers créé par Matthew Hughes est riche et complexe. A la frontière entre la science-fiction, la fantasy et le roman policier d’enquête traditionnel, ce roman tout à fait foisonnant mêle à dessein pistes et destins dans l’univers original de l’Archonat. J’ai tout d’abord cru que ce volume était la suite des aventures de ce Sherlock Holmes du futur, la suite du précédent volume de cet auteur canadien paru chez l’Atalante, Le brillion noir. Mais non. Celui-ci met en scène un autre enquêteur, dans ce même univers. Il faut donc s’accrocher un peu pour rassembler tous les éléments du passé de Henghis Hapthorn distillés au compte-goutte et qui bien sûr titillent la curiosité du lecteur.
Mais les fils se tissent avec plaisir, la personnalité du héros est originale et c’est donc sans problème qu’on passe un agréable moment de lecture dans cet univers tout à fait intéressant.

 

Majestrum (2006), Matthew Hughes traduit de l’anglais (canadien) par Patrick Dusoulier, L’Atalante, février 2009, 331 pages, 16 €

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