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Dehors les chiens, les infidèles – Maïa Mazaurette

MazauretteVoici une lecture qui me laisse perplexe. Au moins.

Quatrième de couverture : « Dehors les chiens, les infidèles met en scène les dérives du fondamentalisme chrétien » : ah bon ? Je n’ai pas dû bien tout saisir, mais je m’en vais vous en faire un résumé.

XIVe siècle : depuis quatre-vingts ans, le soleil n’éclaire plus la Terre. Depuis que Galaad a perdu l’Etoile du Matin, épée légendaire, les ténèbres sont tombées sur le monde. Les croyants envoient des Quêteurs tous les cinq ans pour partir à sa recherche, mais en vain. Le groupe mené par Spérance est parti quatre ans avant le début du roman et n’entend pas revenir avant d’avoir trouvé ce nouveau Graal. Infiltrés au cœur de l’Occidan Noir, « capitale du Mal, repère de la Bête[sic !] », Spérance, Vaast, Lièbre, Cyférien et Astasie tuent, brûlent, mutilent et torturent pour arriver à leurs fins. Au nom de Jésus, bien sûr, tout est permis, surtout sur des infidèles. La première partie nous conte donc par le menu les exactions de ces fanatiques, sympathiques en diable, si j’ose dire…
Parce que l’auteur campe bien ses personnages, parce qu’ils ont assez de profondeur pour qu’on s’y intéresse (malgré quelques clichés de-ci de-là, surtout dans les descriptions physiques), l’histoire prend de l’ampleur et leur destin un sens (début de roman très réussi avec une scène de torture qui donne tout de suite l’ambiance). On est donc agacé quand ils se font doubler et que la Quête prend fin, d’autres récoltant les honneurs qui leur reviennent. Bien leur en prend cependant, car la seconde partie nous plonge dans les magouilles de cour et d’Eglise qui ne sont pas aussi pures que l’âme d’un nouveau-né.

La compromission des gens d’Eglise, le fils rejeté par son père parce qu’il est difforme, la guerrière sanctifiée, très bien. Mais je dis : et alors ? Je ne suis pas une adepte du manichéisme à tout crin, bien au contraire. Mais avec des salauds de fanatiques aussi sympathiques, où l’auteur veut-elle en venir ? La vengeance des faibles, j’ai bien compris, la pureté de l’âme transcendant bassesse et faiblesse, je veux bien aussi (quoi que…) mais quoi ? La lumière revient sur le monde alors que ces personnages, tous aussi humainement infects les uns que les autres, auraient mérité de rester dans les ténèbres. Dieu se manifeste sans cesse au profit de son élue, qui reste finalement incomprise (même scénario qu’avec son fils, décidément, Dieu est abscons…), et c’est un ignoble boucher qui a plus de sang sur les mains qu’un bourreau qui va prendre le pouvoir. Oui mais ce boucher est un opprimé, il fait partie de ces mal formés qui n’ont jamais eu droit de cité. Bon, et alors ?

Je ne vois pas en quoi ce livre est engagé, je ne comprends pas en quoi il dénonce « les dérives du fondamentalisme chrétien ». Parce que les fanatiques, ce sont eux, alors pourquoi en faire des héros charismatiques ? Pourquoi la lumière revient-elle alors que la nuit était le symbole même de l’obscurantisme ? Ce salaud de Cyférien n’augure pas une ère nouvelle, au contraire : il s’assoie sur son tas de cadavres pour se féliciter d’en être enfin arrivé là. Comme les autres avant lui avaient façonné le mythe mensonger de Galaad, il va réécrire l’Histoire à son profit. Alors pourquoi la lumière est-elle revenue ? Comprends pas.

Vous qui lirez ce livre, apportez-moi vos lumières car l’obscurantisme littéraire torture mon âme de lectrice !

 

Dehors les chiens, les infidèles, Maïa Mazaurette, Mnémos, octobre 2008, 296 pages, 22 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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