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Eifelheim – Michael Flynn

EifelheimTout simplement passionnant ! Si je m’arrêtais là, ça ferait certainement un peu court pour vous donner envie de lire ce livre, alors je vais tenter un résumé de Eifelheim pour vous mettre l’eau à la bouche.

Deux fils narratifs dans cette histoire : les Etats-Unis aujourd’hui et l’Allemagne du XIVe siècle. Tom est historien, sa compagne Sharon est physicienne, tous deux obnubilés par leurs recherches respectives. Pour elle, ce sont les théories de la vitesse de la lumière variable, pour lui, c’est la disparition pure et simple d’un village médiéval de la Forêt Noire nommé Eifelheim.

Dietrich est le pasteur du village de Oberhochwald. Un funeste jour de 1348, un incendie d’origine inconnue détruit une bonne partie des bâtiments et des champs, tuant plusieurs personnes. Parti à la recherche de son origine, Dietrich découvre « un édifice blanc, aussi grand qu’une grange à dîme, avec sur ses façades des portes grandes ouvertes. » L’édifice s’avère bientôt être un astronef en perdition, habité de créatures étranges semblables à des sauterelles géantes que les habitants de Oberhochwald appelleront les Krenken. Venus d’une autre galaxie, ils n’ont pour ambition que le retour sur leur lointaine planète, mais à Eifelheim, dans l’Allemagne du XIVe siècle, on ne semble pas disposer du matériel nécessaire aux réparations. Ils vont donc devoir affronter l’hostilité des habitants qui les considèrent comme des démons, d’autant plus que la peste ravageant l’Europe, ils ont besoin de boucs émissaires. Dietrich pourtant ne ménage pas son amitié et sa foi, allant jusqu’à convertir certains des nouveaux venus.

« Expérience fascinante de relativité culturelle » nous dit la quatrième de couverture. Certes. Mais aussi remarquable plongée dans l’Allemagne médiévale, au cœur de la vie quotidienne, des croyances et des conflits d’une période extrêmement trouble. Sont abordés aussi bien les problèmes théologiques et philosophiques (Dietrich fut l’élève de Guillaume d’Occam et de Buridan) que les tensions politiques entre les nations. Autant dire que si vous ne connaissez rien à l’histoire du Bas Moyen Age et n’avez aucune culture religieuse, ce livre risque d’être un peu ardu, voire abscons.

De même, certains passages relatifs aux recherches de Sharon m’ont laissée… perplexe. « Au Commencement n’existait qu’une seule Superforce, car les dimensions supplémentaires ne s’étaient pas encore enroulées. A mesure que diminuaient les niveaux d’énergie, le polyvers se déformait et les forces individuelles… sortaient de la soupe pour se figer. La gravité s’est dissociée au niveau de l’échelle de Planck, correspondant à 1019 fois la masse d’un proton, l’interaction nucléaire forte à l’échelle d’unification, soit 1014 fois la masse d’un proton et l’interaction faible à l’échelle de Weinberg-Salam, soit quatre-vingt-dix fois la masse d’un proton, autant dire 102. » Il y a des jours où je regrette d’avoir arrêté la physique en 3ème… d’autant plus que bien évidemment, il y aura finalement un rapport entre les recherches « hérétiques » de Sharon (elle s’en prend aux dogmes d’Einstein, tout de même) et le voyage intergalactique des Krenken du XIVe siècle.

« Pour qui ne connaît pas les axiomes fondamentaux, la physique et la religion sonnent également comme du charabia. » C’est pourquoi Eifelheim, livre foisonnant pourra déplaire, malgré le fourmillement de vie qu’il évoque et de réflexions qu’il engendre.

Il y avait pourtant bien longtemps que je n’avais pas lu un roman de science-fiction aussi ambitieux et réussi.

 

Eifelheim (2006), Michael Flynn, traduit de l’anglais (américain) par Jean-Daniel Brèque, Robert Laffont (Ailleurs & Demain), octobre 2008, 521 pages, 23 €

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