Jeunesse

Doppelgänger – David Stahler Jr.

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Doppelgänger, c’est le titre qui m’a tentée : depuis Nabokov et Chamisso, j’aime les histoires de doubles.

Tout commence ici avec une créature de sexe masculin qui vit dans une cabane au fond des bois avec sa génitrice qui le met dehors parce qu’il est en âge de se débrouiller tout seul. Il va donc devoir trouver un corps à investir puisqu’il est un doppelgänger, incapable de vivre autrement qu’en parasite. Sa première victime est un vieux clochard à l’agonie. C’est donc sous cette apparence que le narrateur commence à arpenter les États-Unis. Il est rapidement agressé par une bande d’adolescents bien imbibés ; un dénommé Chris s’acharne particulièrement sur lui. Mal lui en prend puisque le narrateur le tue et se glisse dans son corps. Commence alors pour le nouveau Chris une longue adaptation à la vie de famille et de lycée qu’il ne connaît que grâce aux séries télévisées qu’il regardait dans sa cabane. Et on peut dire qu’il n’a pas décroché le pompon en matière de famille : un père alcoolique et violent, une mère qui laisse faire et une petite sœur qui encaisse. Par chance, il a une petite amie, Amber, qui est la plus jolie pom-pom girl du lycée. Elle ne va pas tarder à comprendre que son Chris a sérieusement changé, en bien puisque le précédent la frappait.

David Stahler Jr. trouve grâce à ce thème du double un bon moyen d’aborder les problèmes identitaires liés à l’adolescence : comment accepter sa famille, son corps, comment s’affirmer en tant qu’individu. Le jeune Chris a tout à faire : se forger une personnalité, s’imposer face à ses camarades et à ses parents qui ne l’estiment capable que d’être le meilleur joueur de football américain de la ville. Intéressante utilisation du thème à laquelle s’ajoute une interrogation sur la nature humaine et la monstruosité puisque le nouveau Chris, tout doppelgänger qu’il est, se montre beaucoup plus humain que l’ancien.

Autre point intéressant : le portrait de l’Amérique d’aujourd’hui, à travers la famille de Chris et celle d’Amber : des beaufs à tout le moins, des adultes ayant abandonné toute forme de responsabilités pour ne vivre que de télé, de bière et de foot. Mais heureusement, l’auteur ne fait pas dans la caricature, il décrit sans forcer le trait, ce qui rend le portrait plus féroce encore.

N’hésitez donc pas à lire et à conseiller ce roman qui modernise pour le meilleur un thème cher à la littérature allemande classique.

 

Doppelgänger (2008), David Stahler Jr. traduit de l’anglais (américain) par Luc Rigoureau, Flammarion (Tribal), octobre 2008, 369 pages, 12 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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