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Le maître des noms – Joseph Ladik

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Commençons par dire que j’avais quelques a priori avant d’entamer la lecture de ce livre. Non pas à l’encontre de l’auteur puisque c’est son premier roman, mais plutôt envers l’éditeur… et allez, je commence par ce dernier, le pire sera dit, ne restera que le livre…

Nous assistons dans ce livre à un festival de fautes typographiques : ponctuation absente ou fantaisiste, majuscules aléatoires et surtout, surtout, espaces manquants entre les mots. Bien entendu, cela n’infère pas sur la compréhension du texte, mais reflète le soin que l’éditeur apporte à ses publications. En plus, c’est agaçant. Quelques fautes d’orthographe et de grammaire ça et là dont la plus savoureuse est certainement celle-ci : « En même temps, au moindre silence, leurs yeux se cherchaient et leurs bouchent se souriaient. »

Ceci mis à part, si possible, ce premier roman de Joseph Ladik qui, nous dit la quatrième de couverture, est juge d’instruction de métier, n’est pas désagréable à lire. L’action se déroule dans la France de demain, que vous reconnaîtrez sans peine à ces quelques lignes : « Pour faire face à la menace terroriste et combattre la fraude à l’identité, l’État a créé un programme baptisé « Gorgone ». Tout individu ayant atteint l’âge de douze ans doit se faire implanter une puce électronique d’identification dite « capsule ». Partout, grâce aux capsules, des capteurs tracent et analysent les déplacements de la population pour garantir la sécurité de la collectivité. Tout individu dépourvu de capsule passé l’âge légal est déclaré clandestin. » : on s’y croirait… Dans cette société hyper fliquée, les jeux sont interdits et des traqueurs, agents spéciaux, luttent contre les clandestins et les jeux illégaux.

C’est dans cette chaude ambiance qu’Anne Ripley, directeur des ressources humaines de la Compagnie (« consortium qui fournit à l’État l’ensemble des services de sécurité et de maintien de l’État de droit »), trouve un carnet qui l’invite à jouer à un jeu pour le moins morbide. Elle a dix jours pour résoudre une énigme liée à la mort d’un proche, sans quoi elle devra assassiner quelqu’un, écrire son histoire dans un carnet et le transmettre au joueur suivant. Car Anne Ripley, comme Helia Pyterg avant elle, fait partie d’une chaîne de dix joueurs qui ne doivent pas communiquer entre eux ni bien sûr avertir la police, les proches de chaque joueur étant en danger de mort. Anne croit d’abord à une farce, mais quand le fils de son ami décède, elle doit se rendre à l’évidence : ce jeu est impitoyable. Elle va bientôt entrer en contact avec des traqueurs chargés de la surveiller, eux-mêmes ne se sachant pas l’objet d’une surveillance commanditée en hauts lieux.

Suspense, suspense, tel est donc le mot d’ordre de cette intrigue bien ficelée qui tient ses promesses. Action, filatures, amour, réflexion sur l’État, sur le couple… on y trouve tous les ingrédients efficaces d’un thriller à la française. C’est agréable à lire, même si ça ne fera certainement pas date dans l’histoire de la littérature, ou même de la science-fiction. Je ne peux en effet pas me départir d’une impression de déjà-vu chez les personnages, qui, sans être caricaturaux, sont assez attendus. L’auteur fait ce qu’il peut pour nous rendre sympathique la bande de traqueurs dans l’intimité de laquelle il nous fait pénétrer, mais bon, ils restent des agents à la solde d’un gouvernement limite fasciste. Il y a beau y avoir une bombe sexuelle et un bon gros père qui fait de la trottinette et mange des sandwichs aux rillettes, ce sont des chiens de garde.

L’écriture assez nerveuse de Joseph Ladik rend bien compte des tensions sociales, politiques et individuelles qu’une telle société engendre. Efficace encore une fois, même si, là encore, les relecteurs de chez First Editions (mais existent-ils ?) auraient pu faire marcher leur neurone (oui, il n’y en a qu’un à disposition…). Allez, encore un petit exemple : « Il regarda en direction de la rue. Les pavillons étaient illuminés d’une lumière orangée. Le ciel se couchait. » J’aimerais être toujours là en 2045 pour assister à un coucher de ciel !

 

Le maître des noms, Joseph Ladik, First Editions (First Thriller), mai 2008,  442 pages, 19,90€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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