Jeunesse

Le mystère olphite – Carina Rozenfeld

Rozenfeld-1.jpgLes premiers titres de la collection jeunesse de L’Atalante sont sortis fin mai : une réédition, une traduction de l’américain et un roman français : on dirait que l’éclectisme est au rendez-vous. Pour le nom de la collection, il va falloir vous y faire et ne pas fourcher : le Maedre, du nom d’une créature inventée par Roland Wagner et Philippe Caza dans Le chant du cosmos. De bons hospices mais un nom vraiment très peu sonnant.

Carina Rozenfeld nous propose un texte qui ne manque pas d’intérêt, même si quelques maladresses sévissent ici et là. Début du XXIIème siècle. Un jeune garçon de dix-sept ans, Maor, décide de fuir l’école où il vit depuis dix ans afin d’échapper à une cérémonie qui devrait faire de lui un gardien du silence et à terme, un prêtre olphite. Kézaco ? Eh bien c’est là tout le problème : les Olphites sont un mystère, comme l’indique le titre. Officiellement, ils sont les seuls, grâce à leur Don de Vision à pouvoir empêcher la comète de heurter la Terre et ce faisant, de l’anéantir. Mais ils ont en fait tout d’une secte basée sur des manipulations génétiques et l’eugénisme : « Depuis que les Olphites se sont isolés dans les écoles et les temples, on ne sait plus rien d’eux, sauf ce qu’ils veulent bien nous dire. Ils ont un porte-parole qui communique avec le monde et s’immisce dans les affaires politiques. Mais pas une seule information ne filtre, que ce soit aux familles des élèves ou aux scientifiques qui rêvent pourtant d’en savoir plus. » Et plus on en apprend sur eux, moins on les aime.
Maor lui-même est un Olphite mais il va devoir, dans sa fuite, trouver refuge auprès des anti Olphites, en particulier le professeur Hermann. La course poursuite s’engage car le jeune homme est traqué par des pisteurs qui ne veulent pas que le secret de leurs caves, aperçu par Maor, soit dévoilé au monde entier. De fuite en traque, nous voilà baladés de Toulouse en Espagne, jusqu’à la Death Valley qui abrite le sombre projet des Olphites.

Le roman ne manque donc pas de rythme, ni de suspense puisque les infos sur les protagonistes et les buts de chacun ne sont données que très progressivement. Les informations « historiques » concernant les Olphites étant disposées en exergue de chaque chapitre, elles ne viennent pas alourdir l’action. Elles se présentent comme des archives et renseignent efficacement, sans plomber le récit.

Deux ou trois aspects m’ont cependant un peu chagrinée. D’abord, je n’ai pas compris comment le professeur Hermann qui a élaboré en 1872 la théorie dite de la lithospermie (eh, oui…) peut être encore vivant début 2100 ; ou alors ce n’est pas le même et je n’ai rien compris. Ensuite, une jeune femme qui parle avec une comète, c’est trop pour moi : je veux bien imaginer beaucoup de choses (bon principe de départ pour lire de la SF…), mais là vraiment, la télépathie avec un astéroïde, je n’y arrive pas… Alors du coup, la fin du texte ne me convainc vraiment pas du tout : une héroïne qui sauve le monde d’accord, mais pas en persuadant une comète de dévier sa trajectoire ! Et je ne dis rien (ben si en fait) de l’avènement des surfeurs de comètes… Je trouve ça un peu difficile à avaler. Je n’aime pas non plus la toute fin du roman sur laquelle on pourrait coller violons et coucher de soleil : « Finalement, il ferma les yeux. Son esprit se perdit dans l’immensité noire du cosmos. Il alla glisser sur Swift-Tuttle, puis il se percha sur une autre comète, bien plus lointaine, qui l’entraîna aux confins de la galaxie, où il resta, à admirer l’univers en pensant à son bonheur sur Terre. »

Au final rien de très grave, rien qui ne puisse vraiment entraver une lecture et la découverte d’un nouvel auteur et d’une nouvelle collection. Carina Rozenfeld mène très bien son action et son style est très agréable. Cela laisse augurer au mieux de la suite.

 

Carina Rozenfeld sur Mes Imaginaires

Le mystère olphite, Carina Rozenfeld, L’Atalante (Le Maedre), mai 2008, 286 pages, 14€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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