Adultes

Les portes du sommeil – Fabrice Bourland

Bourland-2.jpgAprès avoir mis ses pas dans ceux de Sherlock Holmes, Andrew Singleton s’apprête à suivre les traces de Gérard de Nerval. Après le spiritisme dans Le fantôme de Baker Street, c’est le surréalisme et les arcanes du rêve en général qui servent de cadre à la nouvelle enquête du plus british des Canadiens. Profitant d’une période creuse, le jeune détective traverse la Manche pour tenter de résoudre ce qui est pour lui un mystère : ma mort du Desdichado, retrouvé pendu rue de la Vieille Lanterne à Paris en janvier 1855, c’est-à-dire plus de soixante-dix ans auparavant.

Mais voilà qu’il rencontre une très étrange jeune fille sur le bateau avec laquelle il partage un rêve aussi merveilleux qu’énigmatique. Arrivé à Paris, il rencontre une vieille connaissance, le commissaire Fourrier, qui lui soumet l’affaire qui le préoccupe : deux hommes ont été découverts morts de peur à très court intervalle. Tous deux s’intéressaient de près au sommeil et aux incidences du rêve dans la vie psychique. Bientôt rejoint par son ami James Trelawney, Singleton s’associe à un jeune journaliste français, Jacques Lacroix qui ne tarde pas à l’introduire dans les cercles littéraires parisiens alors à la mode : ceux des surréalistes. Pour un littéraire comme Singleton, quelle chance de côtoyer André Breton en personne, et même de lui sauver la vie !

Même si cette seconde aventure peut se lire indépendamment, on retrouve la même ambiance très littéraire que dans le premier volet de cette série policière et fantastique de Fabrice Bourland. Je préfère celle se déroulant à Londres, mais celle-ci ne manque pas de charme non plus. L’auteur s’amuse à reconstituer les cercles surréalistes des années 30, leurs réunions, leurs convictions littéraires si novatrices. C’est encore cette ambiance littéraire très travaillée qui fait le réel intérêt de ce second opus car l’enquête elle-même n’est pas complètement convaincante à mes yeux. Très très classique, avec ses courses poursuites, ses inspecteurs bien intentionnés mais lourdauds, ses subjonctifs imparfaits si scrupuleusement accordés aux passés simples… c’est suranné jusque dans le style.

Et puis, je trouve tout de même étrange qu’un Américain et un Canadien soient si parfaitement à l’aise avec la langue française qu’il ne soit jamais fait allusion à aucun problème de langue. Aussi surprenant que dans le « fatras de ses lectures », Singleton se souvienne d’un passage de Lucrèce dans De Nature Rerum qui va quasi lui donner la clé du mystère : quelle mémoire et quelle culture !

Fabrice Bourland confirme sa connaissance de la littérature et des milieux littéraires du début du XXème siècle et nous propose une lecture agréable, mais non inoubliable, grâce à une énigme qui aurait mérité de s’éloigner de ses modèles .

Fabrice Bourland sur Mes Imaginaires

Les portes du sommeil, Fabrice Bourland, 10/18 (Grands détectives n°4091), janvier 2008, 250 pages, 7€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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