Adultes

L’origine du mal – Gilles Haumont

L'origine du malJ’aime bien lire des premiers romans. Encore plus des premiers romans d’anticipation publiés chez des éditeurs non spécialisés comme c’est le cas ici. Je me dis que les auteurs ont passé du temps, ont peaufiné leur truc pour donner le meilleur de leur imagination et de leur savoir-faire. C’est excitant, je trouve.

Après quinze ans d’études acharnées, Guillaume Beaumont a brillamment réussi le concours d’inspecteur d’INGEN (INternational GENetic agency) dont la devise est : « Servir et protéger la pureté de la race humaine ». Cet organisme se présente, aux yeux du nouveau lauréat comme le « dernier rempart contre la barbarie des manipulations génétiques incontrôlées ». C’est que quelques décennies plus tôt, l’humanité a eu chaud lors du jeudi noir de Cold Spring qui a anéanti toute la population de l’Amérique du Nord (trois cents millions de morts) suite à la propagation fulgurante d’un virus mutant. Mais bien sûr, rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît et notre jeune héros découvre bientôt qu’une certaine partie de la population est interdite de reproduction pour cause d’anomalie génétique et marquée au fer rouge. Il ne tarde pas à comprendre (ou en fait si, il tarde un peu…) qu’INGEN prône le « génétiquement correct » et qu’en son sein le consensus n’est pas à l’ordre du jour. Et voilà qu’un secrétaire permanent se fait assassiner, puis un autre, puis un troisième… et que la mise en scène de leur mort correspond à l’accomplissement deL’Apocalypse de saint Jean. S’ensuivent Teilhard de Chardin, la prophétie de Malachie, les Rosicruciens… Bref, l’ésotérisme se mêle à l’orthodoxie darwinienne déjà considérablement remise en cause par certains secrétaires permanents d’INGEN.

Ce livre étant un thriller, il ne s’agit pas d’en dévoiler trop. Je me contenterai de vous donner mon avis, mitigé. D’un point de vue scientifique, Gilles Haumont a sans nul doute fait le tour de la question. Il crée un thriller génétique sur des bases solides qu’il prend la peine d’expliciter clairement. Les dérives qu’il envisage sont donc plausibles et soutenues par les plus grands, car l’auteur connaît ses classiques et cite Simak et Greg Keyes. Mais enfin faut-il applaudir ou trembler devant ces extrémistes qui déclarent : « L’homme est un consternant échec de l’évolution. Son habileté manuelle l’a conduit à construire une aberrante civilisation technologique qui l’a éloigné de la nature au milieu de laquelle il est devenu un étranger et qu’il détruit jour après jour. L’homme est un accident de parcours qu’il faut éliminer d’urgence… » Les plus nihilistes applaudiront…

Je suis plus réservée sur le personnage principal. Quand il arrive, frais émoulu de sa super école où il a mené une vie monastique, on lui pardonne d’être aussi naïf. Mais le temps et les épreuves aidant, il n’apprend rien et sa naïveté devient bêtise. Il déclare encore page 268 : « J’adhère pleinement à l’idéal d’INGENJe suis fier de protéger ce trésor qu’est le code génétique humain contre les spéculateurs et les illuminés ». A côté de ça, il comprend certaines choses de manière tout à fait fulgurante : il ne comprend pas ? Pas de problème : « laissant dériver mon esprit, je m’imaginais être l’auteur de cette histoire sans queue ni tête. A ma profonde stupéfaction, la solution m’apparut presque immédiatement. Ça marche aussi avec la racine carrée de 678 453 260 ? Que dire du code qu’il est le seul à avoir deviné et de l’énigme résolue grâce à Tintin ? Guillaume Beaumont a une mentalité de boy-scout qui tourne au ridicule dans ses rapports avec les femmes. Car bien sûr, comme il est jeune, beau, hyper intelligent et bien placé, les femmes lui tombent dans les bras, se déshabillent devant lui, puis le laissent en carafe sans que cela ne provoque la moindre réaction. Allumé par des demoiselles sans vergogne, il ne s’enflamme jamais, ou presque, mais on n’en saura rien !

Si j’ai trouvé l’intrigue intéressante, le personnage principal ne m’a pas semblé à la hauteur du propos. Propre sur lui, bon élève, il manque de profondeur, d’humanité et de réalisme. Peu crédibles, ses gesticulations et réflexions entachent l’intérêt que l’on pourrait porter à un roman scientifiquement dense et pourtant accessible aux réfractaires comme moi.

L’origine du mal, Gilles Haumont, Anne Carrière, avril 2008, 460 pages, 22 €

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