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Le jeu de Cuse – Wolfgang Jeschke

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Andreas Eschbach, Wolfgang Hohlbein et maintenant Wolfgang Jeschke : il semblerait qu’on puisse compter sur les éditions L’Atalante pour nous faire découvrir les littératures de l’Imaginaire outre-Rhin. Voyons ce que nous réserve ce Jeu de Cuse qui « a cumulé le prestigieux prix Kurd-Lasswitz et le prix allemand de science-fiction » nous dit la quatrième de couverture.
Nous sommes en 2052, alors que quelques années avant l’Europe a été victime d’une catastrophe nucléaire quasi fatale (explosion de 180 kilos de plutonium). Décès par milliers, désertification, disparition accélérée des espèces : l’agonie de la civilisation occidentale est en marche. L’Europe se meurt, à l’image de Rome, en état de putréfaction. Seule la loi du plus fort règne dans la ville éternelle où des factions violentes ont pris le pouvoir et où les fontaines ne crachent plus que du sable. Domenica Ligrini ne souhaite cependant pas quitter son quartier, sa ville, où demeurent encore des gens qu’elle aime. Pourtant, jeune botaniste de formation, elle n’a plus grand chose pour vivre si ce n’est l’espoir d’être engagée par une multinationale. Quand enfin le Vatican se souvient qu’elle a postulé pour le projet « Renaissance de la Création », elle n’hésite pas longtemps à se laisser questionner, tester, interroger, puis à partir vers des cieux moins ensoleillés.
Disons d’emblée que j’ai interrompu ma lecture page 350 et que je trouve que plein de bonnes idées ont été noyées par des digressions sans fin. L’auteur plante très bien le décor de Rome à l’agonie, Rome violente, Rome détruite et décadente, et cette magnifique description finalement ne sert à rien dans l’intrigue, si ce n’est à dessiner une ambiance sordide tout à fait convaincante. Mais notre héroïne piétine, et nous avec. Car très malheureusement, l’éditeur a fait figurer en couverture sous le titre « Ils cherchent dans le passé la clé de notre survie ». Le lecteur sait donc très bien de quoi s’occupe le mystérieux envoyé du Vatican, alors que Domenica elle n’en sait rein. Sachant que le premier voyage dans le temps a lieu page 250, que la destination temporelle de la jeune botaniste n’est connue que page 347, moi, je craque. Vraiment, ce Wolfgang Jeschke a beau être un as de la description et de l’atmosphère, l’intrigue avance à reculons et je fatigue.
Pourtant, on a bien ça et là quelques bizarreries susceptibles de retenir l’attention, comme par exemple des retours sur le XVeme siècle, sur Nicolas de Cuse lui-même. Ce diplomate itinérant, puissant parmi les puissants de l’Eglise, s’interroge sur le procès en sorcellerie d’une femme dont il ignorait l’existence et qui lui écrivait des lettres. Très habile tour de passe-passe narratif, le même épisode nous est conté deux fois, selon que la femme en question (Domenica se doute-t-on, alors que l’on est à la page 67) a déjà été jugée ou non. Et puis ailleurs, en un autre temps, des hommes à dos de chameaux attendent près d’une frontière géographique et temporelle qui commence à la plaine du Pô…
De quoi émoustiller l’attention, mais pas assez pour la retenir tant tout le reste (la formation de Domenica, l’attente de Frans) s’étire à n’en plus finir. C’est bien dommage, je ne connaîtrai pas la fin de cette histoire, mais au moins 200 pages de trop !

 

Le jeu de Cuse (2005), Wolfgang Jeschke traduit de l’allemand par Christina Stange-Fayos, L’Atalante, février 2008, 636 pages, 24 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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