Adultes

Physiognomy – Jeffrey Ford

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 » …les choses étaient rarement ce qu’elles semblaient être dans le royaume « .C’est en effet dans un monde très étrange que nous invite à pénétrer Jeffrey Ford. Cley, son héros, est physiognomoniste, c’est-à-dire qu’il lit le caractère des gens sur leurs traits et même sur tout leur corps. Il est envoyé par Drachton Below, le Maître et bâtisseur de la Cité impeccable à Anamasobie, ville minière au fin fond du royaume.
Les habitants de cette ville, mineurs pour la plupart, ont trouvé jadis le fruit blanc censé avoir mûri au paradis terrestre et conférer l’immortalité. Mais le fruit blanc a été volé et Cley doit découvrir et châtier le voleur. Avec l’aide de la jeune Arla, il passe une délirante revue de tous les habitants et finit par démasquer le coupable, grâce à quelques particularités anatomiques incontestables. Mais sa découverte le mène au bagne : les mines de souffre de Doralice dont nul n’est jamais revenu. Il est le seul prisonnier des frères Matters et du singe savant Silencio.
Si ce livre était aussi simple que ce résumé, il n’aurait pas d’intérêt : celui-ci réside en effet dans son étrangeté assez déroutante. Par exemple, Cley se drogue à la  » pure beauté  » qui lui provoquent des rêves et des hallucinations qui entrecroisent le récit premier. D’autre part, certains détails du monde créé par Ford sont des plus intrigants : les mineurs d’Anamasobie à la fin de leur vie se changent en roche bleue, comme celle qu’ils creusent ; lors des festivités municipales, les invités se régalent de crémat à la ciboulette qui n’est rien d’autre que de la crotte…
Tout est étrange, mais fascinant. Le délire mégalomaniaque du tyran Drachton Below est également un ressort efficace de ce livre extrêmement original, déconcertant et non dénué d’humour comme l’indique cette citation à laquelle je ne résiste pas :  » Il avait un pénis d’une grosseur extraordinaire qui révélait de toute évidence l’ampleur de son ignorance « …

 

Physiognomy, Jeffrey Ford, traduit de l’anglais (américain) par Jacques Guiod, J’ai Lu SF n°6312, juillet 2002, 253 pages, 5,70€

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