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La forêt d’Iscambe – Christian Charrière

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Dans une France post apocalyptique, les habitants de la vallée d’Emeraude vivent à peu près heureux à l’orée de la forêt d’Iscambe. Les restes de la civilisation disparue rappellent ça et là que les hommes ont su maîtriser une technologie très avancée, mais le temps des légendes et croyances irrationnelles imposent aux Emeraldiens de ne pas pénétrer dans la bruyante forêt. Mais, venus de Marseille, le vieux philosophe laineux et son disciple Evangéliste ont décidé de la traverser pour suivre les restes de l’autoroute A6 jusqu’à Paris, la cité mythique. Ils sont poursuivis par la blagoulette, milice beaucoup plus sinistre que son nom l’indique, et par It’van, qui cherchent à les prévenir du danger.
La mystérieuse forêt s’avère peuplée de fleurs carnivores géantes, de clapattes geignards (jeunes gens mi-arbres, mi-hommes), de nains, etc. Page 100, tout le monde s’enfonce enfin dans la forêt. Mais It’van ne suit plus ses amis car il décide de rejoindre des termites géants conduits par le dernier des marmousets. Il devient généralissime de l’armée des termites et psychanalyste de leur roi. Des pages d’une longueur infinie racontent la stratégie militaire du jeune humain face aux fourmis géantes.
Les deux philosophes poursuivent leur chemin en rencontrant bien sûr une théorie de stations-services hors d’usage auquel le jeune disciple, ignorant leur usage initial confère une dimension religieuse. Il se forge alors un culte au dieu Antar et à la déesse Shelle, honnissant les démons B.P. et Castrol. Ceci pourrait être drôle, mais perd de sa saveur du fait des trop nombreuses répétitions qui finalement ridiculisent le jeune héros. Ils arrivent enfin à Paris page 328, mais le lecteur a déjà rendu les armes, accablé par les joutes entomologiques de It’van.

Et c’est bien dommage car Christian Charrière tenait là un vrai bon sujet original sur la lutte entre les forces invisibles et le pouvoir établi, l’instinct et la civilisation. Le scénario se délite petit à petit par trop de longueurs et des épreuves quasi incohérentes malgré le cadre merveilleux. Le premier chapitre enchaîne les envolées poétiques grotesques qui font craindre pour la suite, mais la narration est finalement agréable, hormis les longueurs et deux interventions du narrateur tout à fait incongrues. Ce roman initiatique se perd dans les obscurités de sa propre forêt et ne soutient l’intérêt du lecteur que par quelques personnages assez savoureux comme le marmouset ou le chef de la milice. Un Orléans-Paris aurait suffit…

La forêt d’Iscambe (1993), Christian Charrière, Phébus (Libretto n°17), janvier 1999, 403 pages, 10,50€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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