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Le fantôme de Baker Street – Fabrice Bourland

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Andrew Singleton et son ami James Trelawney viennent de s’installer comme détectives à Londres. Nous sommes au début des années 30 et le temps passe paisiblement, un peu trop d’ailleurs pour ces deux jeunes hommes en quête d’aventures. Heureusement un beau jour, voici que frappe à leur porte lady Conan Doyle, la veuve du célèbrissime écrivain mort deux ans plus tôt. Elle tient à les informer qu’un fantôme hante le 221 Baker Street, domicile du non moins célèbre Sherlock Holmes. Voilà de quoi occuper nos deux détectives débutants qui se rendent illico sur place. Ils vont très rapidement se retrouver au cœur des cercles spirites londoniens que l’écrivain britannique fréquenta assidûment à la fin de sa vie. Ectoplasmes, tables tournantes, psychographies (photographies d’esprits), rien ne manque à l’attirail traditionnel de ce genre de réunions. Cependant, alors qu’ils doivent trouver une solution à l’incroyable apparition d’un personnage qui ne fut jamais incarné, Singleton et Trelawney comprennent rapidement que Holmes n’est pas le seul personnage de fiction à faire des siennes et que les plus machiavéliques meurtriers littéraires victoriens ont partie liée avec les meurtres qui ensanglantent l’East End, quarante ans après Jack l’Eventeur…

On ne peut pas contester à Fabrice Bourland sa connaissance de Londres et de la littérature anglaise du XIXème siècle : il sait créer une ambiance victorienne, jusque dans les descriptions et le vocabulaire, on s’y croirait. La partie historique est à mon avis irréprochable. De même, le profane apprendra quantité de choses sur la vie de Conan Doyle, ses « relations » avec Sherlock Holmes et l’importance que le spiritisme prit à la fin de sa vie.
Là où je suis moins enthousiaste, c’est dans l’accumulation de figures littéraires quand le seul Sherlock aurait suffi à l’intrigue. Dracula, Mr. Hyde, le docteur Moreau : les monstres littéraires sont légion et leur accumulation discrédite l’intrigue. L’enthousiasme évident de l’auteur pour les monstres sacrés de la littérature victorienne nuit finalement à la cohérence de l’intrigue. Une bonne idée par ailleurs : celle de lier l’apparition de ces meurtriers de fiction à leur vogue cinématographique et donc à l’importance qu’au début des années 30 ils occupaient dans l’imaginaire des gens. C’était l’époque des Claude Rains, Lon Chaney et autres Bela Lugosi qui hantent encore aujourd’hui nos représentations.
Ainsi ne doutons pas que « la concentration d’adaptations cinématographiques où figuraient ces personnages malfaisants fut pour beaucoup dans la puissance d’action que les entités ectoplasmiques ont manifesté durant » le printemps 1932. Idée que l’on trouvait déjà peu ou prou dans Nicolas Eymerich, inquisiteur de Valerio Evangelisti (la foi des croyants servant à incarner des divinités).

 

Fabrice Bourland sur Mes Imaginaires

Le fantôme de Baker Street, Fabrice Bourland, 10/18 (Grands détectives), janvier 2008, 247 pages, 6,90 €

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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