Jeunesse

Being – Kevin Brooks

Kevin BrooksKevin Brooks n’en est pas à son premier roman. Si tous ne sont pas encore traduits, on le connaît en France comme l’auteur de Martyn Pig (Hachette, 2002, réédité en 2004 chez le même éditeur sous le titre Innocent criminel puis en 2007 chez Milan sous le titre Comment j’ai tué mon père sans le faire exprès). Le roman noir pour adolescents semble être son domaine favori, celui où il excelle.

Voici Robert Smith, seize ans. D’emblée, la banalité du nom reflète la banalité du héros : un adolescent comme un autre, enfin pense-t-il. Il doit se rendre à l’hôpital pour un petit examen suite à des maux d’estomac, lequel examen va tourner au cauchemar. En effet, après s’être inopportunément réveillé, Robert voit des hommes en costume cravate, arme au point, dont un en train de lui ouvrir le ventre et d’en sortir quelque chose de très étrange. Quoi ? Ça fait partie du suspens… Flairant le mauvais coup, il parvient à s’échapper de l’hôpital, et voilà que commence une chasse à l’homme menée tambour battant. Le chef de meute s’appelle Ryan qui n’hésite pas à accuser Robert de meurtre sanglant afin qu’il devienne l’ennemi public numéro 1, via photo dans la presse. Il va falloir qu’il coure vite Robert, qu’il soit malin et qu’il se trouve des alliés. C’est chose faite en la personne d’Eddie, jeune délinquante très douée pour la fabrication de faux papiers.

Il y a certes dans ce roman, ce qu’au cinéma on appelle des facilités de scénario : incroyable en effet que le jeune héros, tripes à l’air, parvienne à se faire recoudre tout en tenant en respect Ryan et ses sbires surentraînés ainsi que les membres du personnel hospitalier. Cependant, l’efficacité de l’écriture compense largement ces invraisemblances : le lecteur est instantanément entraîné sur les pas de Robert, dans sa tête même puisque le récit est fait à la première personne. Cet orphelin baladé dès sa naissance de foyers en familles d’accueil est d’emblée sympathique. Il ne s’appesantit pourtant pas sur son passé, taraudé qu’il est par une question existentielle s’il en est : qui est-il ? Car s’il ne sait pas plus que le lecteur ce que le chirurgien lui a tiré du ventre, quelques mots prononcés pendant l’opération l’obsèdent : « Je ne comprends pas. Qu’est-ce que c’est que ce truc marron ? Ecartez-moi ça. Regardez. Bon Dieu ! On dirait une espèce de…« . Il y a de quoi s’inquiéter, non ? Surtout quand on a seize ans et des problèmes identitaires propres à l’adolescence.

Un rythme soutenu et une écriture nerveuse servent à merveille une réflexion sur l’identité, la confiance et la réalisation de soi. Très cinématographique, ce livre ne se lit pas, il se dévore comme un bon film.

Kevin Brooks sur Mes Imaginaires

Cet article a été publié dans Lecture Jeune n°125, mars 2008

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Being (2007), Kevin Brooks traduit de l’anglais par Ariane Bataille, Le Rouergue (doAdo Noir), janvier 2008, 348 pages, 15 €

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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