Jeunesse

Le conte des hérétiques – Sarah Singleton

Sarah SingletonLes éditions Plon nous ont fait découvrir l’an passé l’univers étrange de Sarah Singleton dans Les fantômes de Century : sombre, mystérieux, tout en ombres et revenants. Autre époque, autres fantômes pour ce second roman traduit en français : l’Angleterre à la fin du XVIème siècle. L’auteur procède avant tout à un petit rappel historique salutaire. Le roi Henri VIII instaure l’anglicanisme en 1534, rompant avec Rome. Sa fille aînée lui succède et tente de restaurer le catholicisme, mais à sa mort, sa sœur lui succède qui renoue avec l’anglicanisme. Dès lors, des prêtres sont formés en France puis font le voyage en Angleterre pour servir la foi catholique. Sarah Singleton imagine que Thomas Montford, prêtre catholique, trouve refuge à Malesbury dans une famille catholique que le reste du village, protestant, tient à l’écart. Le père est parti chercher fortune à l’étranger car la famille est ruinée suite aux différentes taxes touchant les catholiques. Elizabeth, douze ans, sert pourtant de dame de compagnie à la lady locale, un peu excentrique il est vrai. Elle rencontre un jour en forêt, dans une ancienne chapelle, une jeune fille de son âge à la peau verte. Elles vont devenir amies et Isabella va raconter son histoire à Elizabeth : elle vient du XIIIème siècle, d’une période où elle et sa famille (sa mère et son petit frère) furent persécutées car accusées de sorcellerie. Ces deux parias vont se trouver des points communs et s’entraider pour échapper à la bêtise des fanatiques de tout bord qui, comme on le sait, ne connaît pas de limites temporelles. La famille d’Elizabeth est en effet accusée de cacher Thomas Montford et risque la prison, voire pire.

On trouve à nouveau dans ce roman un tour de passe-passe temporel qui permet à l’auteur de faire le grand écart entre deux périodes historiques. Cependant, Le conte des hérétiques n’a pas le charme mystérieux des Fantômes de Century. L’étrange peuple des corbeaux dont les membres font aussi figures d’anges est à mon avis trop décalé de l’intrigue pour emporter l’adhésion. Certaines scènes sont même tellement ratées qu’elles en deviennent ridicules et donc drôles à force de grandiloquence.
Par contre, l’évocation de l’Angleterre tiraillée entre catholiques et protestants est vraiment une réussite. C’est une période peu évoquée en littérature jeunesse et grâce au rappel historique en début de roman, les enjeux sont clairs et les tensions sensibles. L’auteur y dénonce les persécutions et l’intolérance, quels qu’ils soient.
Dommage donc que l’élément fantastique soit cette fois complètement raté. On peut dire que Sarah Singleton sait créer une atmosphère oppressante et faire revivre cette époque si tragique à bien des égards.

Sarah Singleton sur Mes Imaginaires


Le conte des hérétiques (2006), Sarah Singleton traduite de l’anglais par Myriam Borel, Plon Jeunesse, octobre 2007, 333 pages, 17,50€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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