Jeunesse

Mécaniques fatales / Philip Reeve

Philip ReeveDans un futur très très lointain, les villes qui n’ont pas succombé sous les bombes atomiques et chimiques se sont dotées de roues : c’est l’Ère du Mouvement. Le darwinisme municipal régnant, les grosses villes passent leur temps à courir après les plus petites pour les « dévorer », c’est-à-dire récupérer tous leurs biens et réduire leurs habitants en esclavage. Londres est une de ces florissantes locomopoles, une des premières de l’univers. À sa tête, Magnus Crome, maire aussi ambitieux que belliqueux. Au moins aussi puissants, les différents maîtres des guildes qui se partagent le pouvoir. Thaddeus Valentine, ancien éboueur, est devenu le plus célèbre archéologue de Londres et le Maître de la Guilde des Historiens, celle qui cherche dans le passé des fragments de Pré-tech, la haute technologie antique qui a si bien anéanti la planète. Valentine est comme un dieu pour Tom Natsworthy, jeune orphelin dont les parents ont été assassinés et qui au début du roman est un apprenti ingénieur de Troisième Rang.

C’est donc un grand jour pour lui que celui où il rencontre le Maître de la Guilde des Historiens et son adorable fille Katherine. Malheureusement, c’est à ce moment-là que surgit de nulle part une affreuse fille balafrée qui tente de poignarder Valentine. Alors qu’il vole au secours de son idole, Tom le voit précipiter la fille dans le vide. Abasourdi, il ne comprend pas ce qui lui arrive quand c’est à son tour de faire le grand saut, sous la poussée du bon Valentine… Miraculeusement indemne, Tom va faire route avec Hester Shaw qui va lui révéler le vrai visage du Maître des Historiens : c’est un arriviste prêt à tout, qui a tué ses parents et ceux d’Hester pour s’emparer de la Méduse, un fragment de Pré-tech capable de réduire en cendres les dernières villes encore immobiles et surtout florissantes. Situées en Asie, ces villes traditionnelles sont aux mains des Anti-Mouvementistes, dangereux terroristes d’après le catéchisme des locomopoles. Pendant que Katherine lutte pour découvrir le vrai visage de son père, Tom et Hester vont tout faire pour que la Méduse ne détruise pas le dernier havre de paix de la planète pour en faire un nouveau Terrain de Chasse.
Une grande part de l’intérêt que les jeunes lecteurs pourront porter à ce roman tient dans l’action car révélations et péripéties se succèdent de façon à toujours soutenir l’attention. L’univers créé par Philip Reeve est très original : dans un monde apocalyptique, des villes montées sur roues s’entredévorent pour survivre, il fallait y penser. On pourra peut-être lui reprocher que la psychologie des êtres humains elle, n’a pas évolué d’un pouce en plusieurs centaines d’années, mais si l’artifice permet de rendre les personnages familiers, il laisse également à penser que les hommes resteront à tout jamais d’indécrottables égoïstes.
J’ai particulièrement apprécié la distance que Reeve prend avec le roman jeunesse traditionnel : il s’autorise quelques morts inattendues et évite les pièges d’un manichéisme primaire. Un roman aussi surprenant que dynamique.


Mécaniques fatales (2001), Philip Reeve traduit de l’anglais par Luc Rigoureau, Gallimard Jeunesse (Folio Junior n°1443), juin 2007, 348 pages, 7 €

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