Adultes

La roue du Temps / 1 – Robert Jordan

Robert JordanTranquille la vie aux Deux Rivières : son auberge, son forgeron, son Conseil du village, constitué d’hommes et son Cercle des femmes avec à sa tête, la Sagesse. Ces villageois se préparent à fêter Bel Tine, l’annonce du printemps, sauf que l’hiver n’en finit pas et que des Trollocs, créatures de l’Ombre, débarquent par dizaines, précédés d’un Myrddraal, autrement appelé Evanescent ou Demi-Homme). C’est à Mat, Perrin et Rand, trois jeunes garçons sans histoire, qu’en veulent ces affreuses créatures. Enfin, c’est ce que pensait Rand jusqu’à ce qu’il entende son père, prit de fièvre suite à une blessure trolloque, délirer et raconter qu’il est en fait un enfant trouvé. Pour préserver Deux Rivières, les trois jeunes gens doivent partir. Ils sont accompagnés de Moiraine, une Aes Sedai, c’est-à-dire une femme considérée comme pis que sorcière, amie du Ténébreux ; de Lan, son homme lige ; de Thom, le ménestrel itinérant qui décide, on ne sait pourquoi, d’accompagner les garçons ; d’Egwene, l’apprentie de la Sagesse. Ils doivent faire route vers Tar Valon, la cité des Aes Sedai, seules capables de protéger les garçons grâce au Pouvoir Unique qu’elles seules savent manier. Contre quoi ? Ils l’ignorent ainsi que le lecteur : ils courent et chevauchent, suivis de très près par un nombre grandissant d’ennemis dont on ignore les motivations, même si l’on entrevoit qu’elles sont funestes. Car il semblerait que le Ténébreux, détenu par le Créateur dans le Shayol Ghul, ait réussi à déchaîner ses troupes et à envoyer un faux Dragon à l’assaut du monde. Or, il n’est que les Aes Sedai pour combattre les faux Dragons, d’après les contes.

On n’en saura pas beaucoup plus à la fin de ce premier volume du célèbre cycle de Robert Jordan. Pourquoi les Aes Sedai sont dites amies du Ténébreux alors qu’elles le combattent ? Pourquoi le Myrddrall en veut-il aux jeunes gens ? Pourquoi partent-ils tous les trois alors que c’est visiblement Rand qu’il cherche ? Peu d’éléments de réponse afin d’engager le lecteur à poursuivre sa lecture. La poursuivra-t-il ? Pour ma part, ce premier volume m’a quelque peu essoufflée : marcher, courir, se cacher, continuer, marcher… vers Tar Valon sans savoir pourquoi, c’est un poil long. A l’inverse, les amateurs de descriptions et d’ambiance seront servis : la moindre branche, la plus petite maison sont décrites par le menu. Et Jordan s’est particulièrement appliqué à créer un passé mythique grandiose : affrontements, haines ancestrales, alliances brisées et trahisons se dessinent en filigrane, derrière le discours de personnages comme l’Aes Sedai qui symbolise le lien entre les temps anciens et l’avenir. Par ailleurs, certains personnages ou groupes semblent riches en potentialité narratives, tels les Enfants de la Lumière, extrémistes du Bien.
Par contre, je me suis pas mal énervée sur la traduction qui ressemble plus à du vite fait mal fait qu’à un travail consciencieux. Exemples : « ils devaient avoir confiance que le lige savait où il allait » (p.197), « le dîner était toujours le même qu’à midi et le matin » (p.218), « dès que l’idée lui en vint comme un éclair à Rand » (p.357) : les phrases boiteuses et approximatives sont trop nombreuses pour être accidentelles. Elles handicapent la lecture et titillent la patience du lecteur déjà sollicitée par un texte qui se traîne. Il est étonnant qu’un tel cycle, mondialement connu et extrêmement long, soit confié à une traductrice aussi peu soucieuse de la langue française.
Pour en savoir plus, je vous renvoie à ce site http://www.pierre-de-tear.com (adeptes de l’orthographe, passez votre chemin !!) d’où je tire la présentation que l’auteur lui-même fait de son cycle :
« Imaginez un monde qui n’a jamais existé. Imaginez la fin du XVIIème siècle, alors que la poudre à canon est un secret d’une Guilde des Illuminateurs. Imaginez la Terre du Milieu de Tolkien sans Elfes, sans dragons, sans hobbits, mais avec ses peuples qui grandissent et évoluent réellement. Imaginez un monde détruit il y a 3000 ans par un homme qui canalisait le Pouvoir Unique. Imaginez un monde où pendant 3000 ans, la pire chose qu’on pouvait imaginer était un homme canalisant le Pouvoir Unique, touchant la partie Mâle de la Vraie Source. Car il aurait été destiné à la folie, et à la mort. Avant de mourir il aurait été un fou pouvant canaliser le Pouvoir Unique qui fait tourner la Roue du Temps qui dirige l’Univers. Ainsi, de tels hommes ont été pourchassés et abattus pendant 3000 ans. La prophétie annonce que le Ténébreux va se libérer et s’abattre sur le monde. Le Ténébreux exilé par le Créateur lors de la Création. La prophétie dit qu’un enfant va naître pour affronter le Ténébreux lors de la Dernière Bataille. Cet enfant, cet homme, pourra canaliser, et devra affronter le même destin que ces hommes. La prophétie annonce qu’il va sauver le monde et le détruire. Ceci est le début. Ceci vous prépare à la lecture de la Roue du Temps. »
De la fantasy très traditionnelle donc qui mérite certainement que l’on aille au-delà du premier volume.
Rappelons que Robert Jordan est mort en septembre 2007, laissant un monceau de notes pour que quelqu’un achève son cycle qui compte déjà onze volumes américains, qui laissent présager le double en français alors que le cycle ne compte en France que douze volumes (si vous suivez bien, dix restent à traduire pour l’instant).

La roue du Temps – 1 (1990), Robert Jordan traduit (?) de l’anglais (américain) par Arlette Rosenblum, Pocket Fantasy, juin 2007, 490 pages

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