Jeunesse

La légion écarlate – Johan Heliot

La légion écarlate

Le général Servius Tarsa commande une expédition romaine au-delà des colonnes d’Hercule à la fin du premier siècle de notre ère. Forte de six mille hommes, l’expédition doit affronter une tempête terriblement meurtrière avant de s’échouer sur des terres inconnues et quasi paradisiaques.

Pourtant, à peine arrivés, les conquérants romains décident de massacrer de paisibles villageois pour s’allier à d’autres, semblant plus belliqueux et susceptibles de faire de bons alliés pour romaniser ce Nouveau Monde. Femmes, enfants et vieillards sont passés au fil de l’épée et l’engrenage de la violence se met en marche. Les alliés d’un jour ont fui et traquent des légionnaires qui, s’ils sont aguerris, n’en sont pas moins victimes de la chaleur et de maladies inconnues. Les légionnaires tombent peu à peu, d’autres décident de fuir, comme Marcus, le narrateur, qui refuse de continuer à obéir à Borsa, ancien maître d’équipage devenu mégalomane. Marcus est recueilli par une tribu autochtone auprès de laquelle il devient un autre homme, « un homme libre qui combattait pour ce qu’il considérait juste« . Mais il va devoir à nouveau affronter Borsa venu le traquer jusque dans sa nouvelle vie. Devenu fou, il s’est fait proclamer Empereur du Nouveau Monde et appeler César.

Tout dans La légion écarlate sonne juste : l’obéissance du légionnaire qui massacre sans état d’âme, la mégalomanie de celui qui voulait être empereur, l’attitude des autochtones. Si Heliot ne les nomme jamais, ceux-ci sont clairement des Indiens d’Amérique, peuples à la peau rouge, vivant quasiment nus dans des tipis de la pêche et de la chasse. Sans être didactique, l’auteur décrit les légionnaires, leurs vêtements, leur entraînement, Rome et son rêve de gloire. Le roman est court et permet aux épisodes de s’enchaîner sans épuiser l’attention. Les scènes violentes ne sont pas éludées car elles font partie du quotidien du soldat romain et surtout parce qu’elles soulignent la folie de leur commanditaire qui culmine quand Borsa parle avec la tête de Servius Tarsa qu’il a lui-même décapité.

Mission accomplie donc pour ce livre qui fait partie de la première salve de titres de la nouvelle collection de fantasy jeunesse de chez Mango : revisiter les grandes civilisations et leurs mythologies. Heliot fait d’une pierre deux coups en mêlant brillamment Romains et Indiens dans un inévitable choc des civilisations. Par la voix du narrateur soldat, il souligne l’importance du libre arbitre dans un contexte où prime l’obéissance et la possibilité d’une acculturation pacifique, malgré les différences.

 Johan Heliot sur Mes Imaginaires

 

La légion écarlate, Johan Heliot, Mango (Royaumes perdus n°3), septembre 2007, 170 pages, 9 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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