Le concours du millénaire – Robert Sheckley & Roger Zelazny


Robert SheckleyCet énorme livre regroupe les trois titres d’une trilogie écrite à quatre mains par les compères Sheckley et Zelazny. Ils nous racontent les aventures de Azzie Elbub, démon de seconde zone employé à la fosse infernale Inconfort Nord 405. Et voilà qu’un jour il reçoit un courrier qui lui permet de se rendre sur Terre pour accompagner un humain malencontreusement envoyé en Enfer avant son heure (Apportez-moi la tête du prince Charmant). On est tellement content de ses services en haut lieu qu’on lui accorde de participer au concours du millénaire, et même d’y représenter les forces du Mal. Azzie va devoir faire preuve d’ingéniosité pour que le Mal remporte le droit de contrôler les humains durant le prochain millénaire. Et il a une idée géniale Azzie : réécrire l’histoire de la Belle au Bois Dormant, à sa sauce bien sûr. Ses ingrédients ne sont donc pas très catholiques, surtout pas la Belle et le prince, fabriqués de toutes pièces par Azzie avec des bouts de cadavres. Car pour Azzie, il n’est vraiment pas question qu’ils vivent heureux et aient beaucoup d’enfants, cela va de soi.

Deuxième roman, deuxième concours (même si un millénaire ne s’est pas écoulé) : A Faust, Faust et demi. Cette fois Azzie est mis de côté et c’est Méphistophélès qui entre en action. Manque de bol, au lieu de recruter comme prévu le célèbre docteur Faust, il tombe sur un simple voleur en train de cambrioler sa maison et le prend pour lui : voilà donc Mack la Matraque placé par Méphisto dans cinq situations différentes qui décideront du sort de l’humanité pour les mille ans à venir. Constantinople, Florence, Londres… le faux Faust fait de son mieux, suivi de près par le vrai et par Azzie qui entendent bien faire valoir leurs droits.
Azzie reprend les rênes dans le troisième roman, Le démon de la farce, avec une nouvelle idée géniale : écrire une pièce immorale. Il s’adresse au grand Pietro L’Arétin qui lui soumet le scénario de la vieille légende gnostique des sept chandeliers d’or donnés par Dieu à Adam. Et voilà Azzie parti recruter des acteurs qui ne le sont pas pour une pièce où le libre arbitre prime. Pas facile pourtant d’improviser quand Ananké, déesse de la Nécessité veille au grain et que les dieux de l’Olympe enfin libres, revendiquent une place au panthéon des hommes.
Vous aurez certainement compris qu’il s’agit là d’une trilogie sacrément loufoque qui détourne contes et mythologie et se plaît à mettre de grand coups de pieds dans la fourmilière des religions. Le premier opus est à mon avis le meilleur dans sa soigneuse et morbide description de la fabrication des héros puis la constatation du piètre résultat : le libre arbitre n’est décidément pas facilement manipulable, même par un démon. Le second est un peu plus brouillon et moins convaincant embarquant Marguerite et la Belle Hélène pour un périple improbable, même si certains personnages sont finement massacrés (savez-vous que Marco Polo n’était finalement qu’un arriviste ?). Enfin la révolte des dieux grecs vaut à elle seule la peine de lire Le démon de la farce, qui redonne le premier rôle au sémillant Azzie. Si vous n’éclatez pas de rire en lisant cette trilogie, gageons que vous sourirez au moins aux aventures célestes et infernales d’Azzie Elbub, orchestrées par deux grands auteurs pas sérieux de la SF américaine qui cependant, dans le même ordre de romans, n’atteignent pas la maîtrise humoristique des compères Gaiman et Pratchett dans De bons présages. L’insurpassable humour anglais, certainement. Après ce parallèle qui s’impose, une question essentielle : comme pour faire des enfants, faut-il être deux pour écrire des romans diaboliques ?

Le concours du millénaire, Roger Zelazny et Robert Sheckley, Gallimard (Folio SF n°286), juin 2007, 987 pages, 11, 50€

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