Underground – Craig Spector


Craig SpectorVingt ans après de mystérieux événements, un groupe d’amis se retrouve devant le cercueil d’un des leurs. Petite originalité : le cercueil ne contient que la main encore mouvante de Justin Van Slyke. Justin aurait-il rejoint Mia de l’autre côté du miroir ? La fraternité jadis baptisée « Underground » décide d’en avoir le cœur net et de faire face à ses peurs plutôt que de les fuir, comme vingt ans auparavant. Ils vont donc devoir affronter bien pire que la police, la prison ou autre réalité matérielle de notre bas monde. En remontant dans le passé de la propriété qui abrita leur nuit fatale, Custis Manor, le lecteur comprend le danger auquel ils s’exposent. Le fondateur de Custis Manor fut jadis un sudiste esclavagiste qui fit appel à la magie la plus noire pour soumettre les esclaves de sa plantation, y faire régner la terreur et prolonger sa vie. Les cris qui retentirent alors défièrent l’humain et maudirent la demeure pour des siècles et des siècles. Le fondateur mourut « mais son esprit et le pouvoir de la Grande Nuit étaient immortels « . Il fallait alimenter le chaudron de haines, de douleurs et de cris, et c’est dans cette ambiance que quelques jeunes joyeux fêtards vinrent célébrer leur séparation à la fin de leurs années lycée.
Un roman d’horreur donc, qui utilise les codes du thriller : un rythme soutenu, beaucoup de dialogues très modernes, du suspense. Mais l’originalité se trouve ailleurs. L’auteur a beaucoup travaillé sa documentation historique et parvient à la restituer sans alourdir son texte. A travers le personnage et la lignée de Silas Custis, il dénonce l’esclavage mais surtout les esclavagistes, les gens plutôt que le système, qui broyèrent implacablement et sans états d’âme leurs frères humains parce qu’ils avaient la peau trop foncée. De fait, le racisme au quotidien est également dénoncé à travers la mise en lumière de groupuscules toujours actifs aux Etats-Unis comme la Fraternité aryenne ou le Ku Klux Klan. On sent le désir d’expliciter et de comprendre les mécanismes du racisme dans ce pays qui aurait dû être une terre d’accueil et d’espoir pour tous. Le surnaturel ne surgit donc pas tout à coup, mais s’insinue petit à petit, suivant les sinistres sentiers du vaudou, de la santeria et de la perversion morale tout simplement. Ancrage historique et analyse sociale, deux points de départ réalistes pour vous terroriser plus efficacement…
Voilà donc un roman d’horreur qui ne se contente pas de faire peur, mais cherche à creuser les noirs sillons de la civilisation américaine.


Underground (2005), Craig Spector traduit de l’anglais (américain) par Benoît Domis, Bragelonne (L’Ombre), août 2007, 331 pages, 20€

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