Jeunesse

Le cercle de myosotis – Nicolas Bouchard

Nicolas BouchardLaurentine est la fille de Pétrarque. Pour la protéger de la violence du monde, il l’a confiée encore enfant au centaure Chiron pour qu’elle grandisse dans un monde souterrain et factice peuplé de nymphes, de faunes et autres créatures mythologiques. Tout de marbre et de lumière divine, ce palais est à l’abri des guerres qui ravagent le monde des mortels, mais ses créatures retournent peu à peu à leur état originel (arbres, animaux) car elles ne bénéficient pas de la vraie lumière.

Pour empêcher son monde de se figer, Laurentine décide d’aller chercher la Grande Lumière représentée par le Cercle des Myosotis. Il lui faut donc rejoindre la surface qu’elle découvre peuplée de créatures mythologiques (ondines, tritons, Erynie…) et parsemée d’ennemis. La voilà prisonnière de la méchante reine Xelli, puis sauvée par le valeureux Anselme de Drachenfels, dont elle tombe amoureuse illico, mais capturée par l’Inquisition qui veut la brûler comme sorcière. Ses amis partent à sa recherche et vont eux aussi aller de pièges en embûches.

Ce roman fait partie de la première salve de titres proposés par Xavier Mauméjean pour sa nouvelle collection jeunesse « Royaumes perdus ». J’aurais aimé en dire beaucoup de bien, mais… Je n’ai d’abord trouvé que bien peu d’intérêt à cette histoire. Quelle idée d’aller mêler la fille de Pétrarque à la mythologie ?! L’idée serait-elle de montrer que la religion des Anciens était bien plus tolérante que la nôtre avec son dieu unique ? Et alors ? J’ai eu également du mal à m’intéresser au sort de Laurentine. En effet, cette jeune fille d’une quinzaine d’années agit et parle comme si elle en avait dix ou douze : elle est très naïve, voire mièvre et l’on s’étonne qu’elle ait attendu tout ce temps pour s’interroger sur son monde. Mais bien sûr, comme un bon gros costaud à moustaches doit tomber amoureux d’elle quelques pages plus loin, il ne serait pas décent qu’elle n’ait que douze ans…
Pourtant, une fois Laurentine parmi les mortels, rien ne va plus : les personnages ne sont pas crédibles, les bons comme les méchants. Rien ne sonne juste : est-elle Grecque ou Italienne cette fille ? Quelle langue parle-t-elle, le grec ancien ou un patois napolitain ? Trop vite brossées, les divinités de la surface sont inconsistantes, pantins d’une intrigue improbable. Et j’aimerais bien savoir quel gosse peut tomber raide d’étonnement en apprenant que : « le pape Urbain est un Hécatonchire !« . Entremêler intrigue mythologique et Grand Schisme d’Occident, il fallait l’oser, mais quel lecteur a les moyens d’en saisir la portée ? A l’opposé, les personnages secondaires (Anselme, les amis de Laurentine) sont tellement stéréotypés qu’ils frisent le ridicule.

Par ailleurs, la structure narrative souffre d’une faute majeure : Laurentine est la narratrice qui raconte son histoire au présent et à la première personne. Comment peut-elle alors raconter aussi parallèlement les aventures de ses amis partis à sa recherche ? Il faut choisir entre focalisation interne et récit omniscient.

Une intrigue plutôt fade, des personnages inconsistants dans un Moyen Age de cartes postales (s’il en est !) : j’ai certainement fait mauvaise pioche parmi les quatre titres proposés. Et je m’interroge pour savoir à quels lecteurs ce roman est destiné. Je suis quasi certaine, même si je le regrette, qu’aucun élève, de la 6ème à la Terminale ne saurait dire un traître mot de la papauté d’Avignon et de ses enjeux. Malgré les précisions apportées par l’auteur, le lecteur manque de repères.
La tonalité globale désigne un lectorat de douze ou treize ans maximum, essentiellement féminin. Alors pour qui ? Peut-être les petites incollables passionnées de mythologie et suffisamment ouvertes pour la voir transporter au XIVème siècle.

Nicolas Bouchard sur Mes Imaginaires

 

Le cercle de myosotis, Nicolas Bouchard, Mango (Royaumes perdus n°4), septembre 2007, 183 pages, 9€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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