Jeunesse

Stoneheart – Charlie Fletcher

71229237_p« Tu croyais pas que ton Londres était le seul qui existait, quand même ? » Depuis quelques années, nous avons eu plusieurs preuves du contraire, la plus brillante étant certainement celle due à Neil Gaiman. C’est aujourd’hui Charlie Fletcher, journaliste, qui s’y colle pour son premier roman. Il nous propose un Londres où certaines personnes peuvent voir ce qui reste invisible au commun des mortels : tares, répliques, Singuliers… autant de statues plus ou moins humaines qui s’animent sans que vous et moi, touristes d’un jour, ne puissions les voir. George Chapman, douze ans, découvre bien malgré lui au début du roman qu’il a cette incroyable capacité. Il s’en serait bien passé car après avoir cassé une petite tête de dragon sculptée dans la façade du Natural History Museum, le voilà poursuivi par des gargouilles, des ptérodactyles et autres monstres de pierre (les tares) qui cherchent à le lui faire payer.

Heureusement, dans ce Londres parallèle, George se découvre aussi quelques alliées, les répliques, qui sont des statues représentant des êtres humains. L’Artilleur de Hyde Park est l’une d’entre elles. Il va démêler pour George les mystères de ce monde invisible et l’accompagner tout au long de sa quête : pour réparer le tort fait aux tares en brisant la petite statue de dragon, il doit trouver le Cœur de Pierre (stoneheart). Ne sachant ni ce que c’est ni où ça se trouve, George et l’Artilleur vont d’une statue à l’autre pour trouver des indications. Se faisant, ils traversent Londres d’ouest en est et du nord au sud, pour le plus grand plaisir du lecteur. Car si la trame du roman reste assez classique, l’intérêt (pour moi qui aime beaucoup les romans londoniens) est de déambuler dans les rues de cette capitale si riche en histoire, en monuments, en parcs et en lieux insolites. Ceux qui y sont allés pourront se creuser la mémoire pour se rappeler le dragon de Temple Bar, les gargouilles de Saint-Pancras, le Black Friar de la City. Fiction ou réalité ? J’imagine bien un voyage scolaire sur les traces de George Chapman…
Un roman initiatique donc, dans lequel un jeune garçon un peu inhibé va devoir s’affirmer, faire des choix, prendre de graves décisions et arrêter de ne penser qu’à lui. Beaucoup d’action, un rythme très soutenu (les quatre cent soixante dix pages se déroulent sur à peine deux jours) et des personnages qui tiennent la route. Il y a un petit côté David Vincent dans ce George Chapman qui me plait bien. Cette histoire ferait certainement un très bon scénario pour un film de dragons avec animation numérique grandiose. Moi qui me suis endormie en lisant Eragon, je vous conseille ce Stoneheart pour jeunes ados en mal de reptiles ailés et d’aventures.

L’avis de Judepompom, 14 ans :
Un livre assez peu original malgré l’idée de départ (une ville de Londres parallèle peuplée de statues vivantes), car tout est desservi par un scénario trop classique: un jeune garçon soudain doté d’un don, un très méchant presque invincible, un objet pas facile à trouver, des tas de sauvetages in extremis… C’est lent, l’histoire n’avance pas ; même les nombreuses rencontres que font les deux héros ne leur permettent pas de progresser, ils sont toujours soupçonneux et se méfient de tout le monde. La course-poursuite, lancée dans un Londres où tout est prêt à vous sauter dessus, dure tout le roman, et on finit par s’ennuyer de ces deux ados assez différents pourtant. Seuls points positifs : les descriptions très complètes des statues et des lieux, qui montrent combien l’auteur s’est documenté sur le sujet, mais aussi l’histoire respective des héros, qui est (selon moi) la seule chose intéressante de ces personnages.
Certaines zones d’ombre ne sont pas encore tout à fait éclairées, mais d’après ce que laisse envisager la fin (un peu décevante par sa banalité) du roman, une suite est attendue…

Stoneheart (2006), Charlie Fletcher traduit de l’anglais par Laurence Kiefé, Hachette Jeunesse, août 2007, 476 pages, 17€

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