Jeunesse

Ezoah / Bertand Ferrier & Maxime Fontaine

Maxime Fontaineexicaine d’origine, espagnole d’adoption, Ezoah n’est pas une héroïne comme les autres. Bien plus jeune (elle a huit ans), elle n’est pas une apprentie magicienne ou une sorcière devant aller à l’école. Non, c’est une magibricoleuse qui adore les bizardouillages. Avec un vieux distributeur de cacahuètes et quelques bouts de tuyaux, elle vous fabrique une araignée solaire à faire les lits : très utile. Avec guère plus elle peut vous bizardouiller un projecteur holographique de table (dont l’utilité n’est pas encore comprise dans le monde entier) ou un déclencheur de pluie de pétales à commande vocale : un luxe ! Elle pourrait certainement faire mieux, ou pire, mais voilà, dans le premier tome de ses aventures, elle est d’emblée précipitée dans un monde vraiment bizarre dont elle n’a qu’une envie : partir. Parce que bon, même si les tabourets y sont des animaux comme les autres, il n’est pas évident de faire du rodéo dessus quand l’envie les en prend. D’ailleurs en parlant de tabourets, méfiez-vous, les plus dangereux sont les mordicus fessi autrement dits mordeurs de fesses qui malgré la vigilance du lion berger de meubles parviennent parfois à s’échapper…

Pour chercher la sortie, Ezoah va être accompagnée du beau Sven, jeune suédois beau comme l’amour mais bavard comme une pie, aussi cultivé qu’une encyclopédie mais pas très débrouillard. A eux deux, ils cherchent Elder, le Gardien des mondes qui doit certainement se trouver dans l’une des sept capitales, mais laquelle ? Affrontant mille et un dangers plus loufoques les uns que les autres, les deux enfants vont de monde en monde et de surprise en surprise. Ils vont avoir bien du mal à trouver Elder car celui-ci est en transe et sept Envoyés des mondes sont chargés de veiller sur son sommeil, avec plus ou moins de succès…
Ça serait pourtant pas mal qu’il se réveille parce que tout s’écroule autour de lui et comme il est l’architecte des mondes, il est le seul à pouvoir empêcher leur ruine.

On est presque essoufflé en achevant la lecture de ce premier tome tant Ezoah court, se bat, riposte et rétorque avec un dynamisme sans faille. Les dialogues sont à mon avis la clé de voûte de cette histoire, tant ils sont percutants. Bourrées de jeux de mots, de mots nouveaux, de verlan, les répliques entre personnages sont souvent drôles, parfois fatigantes quand on a dépassé l’âge requis (au bout d’une dizaine de « ça va steaker » ou « ça c’est funky », je craque un peu).
J’aime bien jouer au jeu des citations dans les livres de Bertrand Ferrier, elles sont souvent fines et permettent aux adultes qui lisent (mais pourquoi au fait ?) d’y voir un deuxième degré de lecture. Par exemple, le lion berger affirmant : « Je connais mes meubles, et mes meubles me connaissent » ou, alors qu’Ezoah tente de fuir un porc-épic un peu trop entreprenant et que « venant de nulle part, surgit un poulpe noir« . Je pensais que tous ces jeux de mots, allusions, verlan, etc…, pourraient compliquer la lecture des plus jeunes auxquels ce livre est destiné. Eh bien au diable les a priori, l’essai sur un Jean-Baptiste de huit ans et demi s’est révélé très positif : non seulement il a tout compris mais en plus il a beaucoup ri. Essai transformé.

Les Gardiens de Mallemonde – 1 : Ezoah, Bertand Ferrier et Maxime Fontaine, Intervista (Cinémascope), novembre 2005, 378 pages, 14,90€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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