Adultes

Les Gardiens des dragons / 1 – Andréa Jo Forest

Andréa Jo ForestCharles, quinze ans, est le prince du royaume des Monts bleus. Parce qu’il est trop jeune pour exercer lui-même le pouvoir, la régence a été confiée à son cousin Grasmont. Premières apparitions dudit régent : « les yeux noirs toujours fuyants », « un rictus de triomphe » aux lèvres, le ton méprisant et les remarques acides. C’est le méchant, vous l’aurez compris dès les trois premières pages. Les amis de Charles par contre sont jeunes, beaux et honnêtes. Eric par exemple, duc d’Apremont sans poil au menton, reste droit dans ses bottes quand, accusé par l’infâme Grasmont, il est jeté dans les geôles putrides de la citadelle de Rambre. Pas question pour lui de se défendre, sa seule amitié pour le prince doit parler d’elle même… Le malheureux est tellement maltraité qu’il manque de mourir, mais ne meurt pas je vous rassure. Pas plus que le beau Renaud, comte de Valone, pas plus vieux que les deux autres, qui endure mille et une souffrances car il a plein d’ennemis, mais ne meurt jamais, de la vraie graine de héros.

Il y a aussi bien sûr une belle jeune fille, Laurianne, sœur d’Eric et cousine de Renaud, qui se bat comme un homme parce que bon, on n’est pas des potiches. D’ailleurs, ils se battent tous tellement bien qu’à deux, ils font la peau à six mercenaires du Nord, de la pire espèce paraît-il, que rien qu’à entendre leur nom, on en tremble dans tout le pays. Devaient pas faire partie de la Compagnie Noire ceux-là…
Il faut préciser que ces jeunes gens ont quelque chose en plus des autres. Renaud vient d’être reconnu par la prêtresse Naruli comme le roi d’Askalan jadis asservi par Hurgan, le Mage Noir, qui sema ruine, désolation et désespoir sur ce royaume tranquille. Les magiciennes d’Azrel ont arrangé l’affaire mais Hurgan n’a pas dit son dernier mot. Depuis sept siècles, Askalan cherche son héritier, celui qui doit passer l’épreuve de l’Anneau de Khïnn sans être réduit en cendres. Et de l’avis de Naruli, Renaud est celui-là. Eric est son binôme et avec leur très cher oncle Ann, duc d’Aiguemorte (le vieux de l’histoire, il a au moins trente ans), ils vont empêcher Ervélanet à l’esprit putride de déferler sur Askalan et au-delà. Mais la sale bête essaie de détruire le trinôme ainsi formé et s’immisce dans l’esprit de la belle Laurianne, le fourbe. Parce que la donzelle vient de s’apercevoir qu’elle est amoureuse de son cousin, et réciproquement : c’est beau l’amour imprévu…

Que dire de plus si ce n’est que les personnages ne tiennent pas du tout la route… Les dialogues sont artificiels et ratés et desservent des personnages déjà peu crédibles : trois jeunes blancs-becs faisant la pluie et le beau temps sur un royaume, agissant sur des coups de tête, sans réflexion ni jugement. Ils se découvrent du jour au lendemain capables de communiquer par télépathie (pratique quand on n’a pas de téléphone portable) et acceptent joyeusement et sans raison aucune de partir pour un royaume qu’ils ne connaissent pas, selon les dires d’une prophétie sortie d’un chapeau.
Quant à l’intrigue principale, elle est compliquée par la volonté d’y faire tenir le destin de cinq personnages, voire plus. Par ailleurs, les dragons pétrifiés attendant leur heure et la capacité de parler par télépathie aux hommes et aux animaux me rappellent désagréablement le fameux cycle de L’Assassin royal.
Ce premier tome de cette nouvelle auteur de fantasy est donc plutôt décevant surtout par sa naïveté et son application. Il n’est pas facile pour les Français de se mesurer aux grands Anglo-Saxons qui apprennent à écrire des dialogues, à tisser des intrigues et raconter des histoires. L’écriture est un métier qui s’apprend, à l’école pourquoi pas, quand le talent n’est pas au rendez-vous.

L’avis de Lamagi, 15 ans :
Un livre de cape et d’épée plutôt bien parti dans une atmosphère de complots, de prophéties, de combats et de vengeances. Mais les intrigues sont toujours découvertes à temps par les « gentils », grâce à un allié quelconque et les combats sont gagnés par les alliés du prince qui arrivent in extremis, lorsque la bataille est plutôt à l’avantage des assaillants. Bref, ce roman, sans suspens, n’a aucune originalité : un don, une quête, une épée promise, un royaume à délivrer, un roi qui ne sait pas qu’il descend d’une famille royale… La fin, un peu semblable à celles des contes, est du genre tout est bien qui finit bien : deux héros se marient, les « méchants » sont punis, mais comme le prince est bon, il ne les tue pas… Reste le « super méchant » qui attend patiemment son combat avec le détenteur du don… De plus, quelquefois, des anachronismes de langage : « Il s’est taillé, cet idiot ! » et certaines idées tirées du Seigneur des Anneaux rendent le roman impénétrable.

Les Gardiens des dragons – 1 : le trône des Serrelance, Andréa Jo Forest, Bragelonne, mars 2007, 433 pages, 17 e

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