Jeunesse

Uglies – Scott Westerfeld

Scott WesterfieldTally se réjouit d’avoir bientôt seize ans : comme ses ami(e)s, elle va subir l’Opération qui lui permettra de passer de l’état de Ugly (moche) à celui de Pretty (belle). Enfin elle va pouvoir ne penser qu’à s’amuser avec les autres insouciants Pretties. En attendant, elle s’ennuie et en profite pour faire les quatre cents coups, comme visiter de nuit sa future ville de New Pretty Town. C’est lors d’une de ses escapades qu’elle rencontre Shay, bientôt seize ans elle aussi, mais carrément bizarre : elle ne veut pas subir l’Opération… Elle raconte à Tally déboussolée qu’il existe une autre façon de vivre, clandestine, mais naturelle, où la beauté n’est pas un dogme social. Shay a décidé de s’enfuir pour rejoindre La Fumée où vivent les contestataires, mais elle ne parvient pas à entraîner Tally avec elle. Mais celle-ci, au moment d’être emmenée pour subir l’Opération tant désirée, est conduite chez les Specials auprès du docteur Cable, chef des services secrets. On l’interroge pour qu’elle avoue où s’est rendue Shay et comme elle ne sait rien, elle accepte de servir d’espionne : elle va partir seule et retrouver La Fumée grâce aux indications de Shay. Arrivée là-bas, elle devra déclencher un mouchard pour appeler les Specials. C’est sous cette unique condition qu’elle pourra devenir Pretty. On se doute qu’il sera alors difficile pour elle de trahir ses nouveaux amis, d’autant plus qu’elle découvrira que l’Opération ne consiste pas seulement en une transformation de l’apparence physique.

Sérieux ce livre qui amène le lecteur à réfléchir sur une société totalitaire qui se donne des airs de paradis. Que peut-il y avoir de mieux qu’une vie de plaisirs, d’amusements, de relations sociales facilitées par l’accession de tous à une même apparence physique : plus d’inférieurs ou de supérieurs, que des gens égaux devant la beauté et le plaisir… Il faut être beau, et avoir les dents bien droites par exemple, comme tous ces pauvres ados auxquels notre société colle un appareil dentaire pendant des années… Ne pas être trop gros, s’habiller comme ça, être jeune et bronzé… comme sur les couvertures de nos magazines. Scott Westerfeld sait une fois de plus être très convaincant et emporter l’adhésion : un roman dynamique alternant dialogues fluides et naturels, phrases courtes et efficaces, réflexion sociale, mal être adolescent, prise de conscience et des thèmes forts comme le courage, l’engagement, l’amitié, la trahison… La seule réserve que je ferai est au niveau du scénario, beaucoup moins original que celui de V-Virus qui revisitait le thème du vampire. La science-fiction nous a déjà donné maintes sociétés dystopiques et l’idée même de beauté comme obligation sociale a déjà été traitée dans le livre de Christophe Lambert La loi du plus beau. Il n’y a rien de surprenant dans le scénario et les événements s’enchaînent de façon très attendue. J’ai dû lire trop de livres pour avoir l’impression d’avoir déjà lu celui-là… qui n’est pas destiné à de vieux croûtons comme moi mais à des jeunes gens et jeunes filles plus neufs en littérature. Qu’ils profitent donc de leur jeunesse pour lire Westerfeld qui propose une vraie réflexion sur la société occidentale d’aujourd’hui et sur la culture du paraître qui est la nôtre.

Scott Westerfeld sur Mes Imaginaires


Uglies (2005), Scott Westerfeld traduit de l’anglais (américain) par Guillaume Fournier, Pocket Jeunesse, mai 2007, 432 pages, 13,50€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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