Chronique des jours à venir – Ronald Wright


Ronald WrightLe narrateur, David Lambert est le conservateur du musée de la Locomotion de Londres. On lui remet une lettre signée H.G. Wells  » à n’ouvrir que le 21 décembre 1999 « . Sentant le canular mais curieux de nature, il finit par découvrir, planquée dans un squat, une machine à voyager dans le temps, construite jadis par la jeune maîtresse de Wells. L’homme est archéologue et pourtant, il ne choisit pas de retourner dans le passé mais de suivre les traces de la jeune inventeur vers l’année 2500 de notre ère. Détruit par la mort de sa maîtresse quelques quinze années plutôt, David Lambert emmène avec lui ses souvenirs, allant jusqu’à faire d’Anita la destinataire de sa chronique des jours à venir. Il va ainsi pouvoir faire le deuil de son passé, de son amour perdu et exprimer toute la douleur amoureuse qui le ronge aussi sûrement que la maladie de Kreusfeld Jacob qu’il porte en lui.

Deux lignes narratives donc pour ce roman dominé par l’errance, la contemplation et le ressassement du passé douloureux comme si l’homme avait besoin de souffrir pour continuer à vivre. Cette souffrance psychologique culmine en fin de roman avec la souffrance physique la plus douloureuse mais surtout la plus symbolique qui soit. David Lambert en tant que dernier homme de notre ère est peut-être aussi le premier, le seul capable de sauver notre civilisation, de témoigner et de parler. Mais est-ce bien nécessaire ? La Grande-Bretagne de 2500 témoigne des souffrances de la Terre, des malheurs des hommes et de leur folie. Lambert comprend que quelques décennies après son départ, le pays a été soumis par un dictateur qui n’a pas su faire face aux catastrophes climatiques et démographiques qui accablaient la planète : réchauffement, montée des eaux, pollution ambiante, manque de nourriture… Le constat est amère et les descriptions cocasses, rappelant celles de Spinrad dans Bleue comme une orange : les plantes tropicales ont recouvert Londres (échappées des jardins botaniques et trouvant désormais un climat favorable pour se développer), de même que les animaux plus ou moins exotiques : pumas, perroquets, singes… Rendue à elle-même, l’Angleterre n’est que forêts, marais et cris d’animaux. Lambert retrouve l’état de nature devant l’immensité primordiale : « Je commence à me sentir à nouveau en danger, comme le trappeur en territoire indien. Perché dans les arbres, un archer pourrait m’embrocher vingt fois, comme un saint Sébastien. » Crainte qui cache le fol espoir de n’être pas seul, de rencontrer enfin quelqu’un qui lui dise ce qui s’est passé. Car si les vestiges de notre civilisation racontent la catastrophe, la décadence, la mort, ils n’expliquent pas la déréliction et l’absence de tout être humain. Difficile de ne pas raconter la fin car les expériences que va vivre David Lambert sont d’une grande intensité.
Vous ne trouverez pas dans ce livre, malgré des décors exotiques, des aventures à la Indiana Jones dans un monde perdu. La première partie, assez dynamique, est consacrée à la découverte de la machine de Wells et à son exploration ; la seconde nous précipite en 2500 et c’est le récit très introspectif du narrateur solitaire qui se développe sur plus de cent cinquante pages : son amour perdu est, à l’image de cette Londres d’apocalypse, dévasté et définitivement perdu. C’est aussi beau que triste, même si parfois un peu long. Comme l’archéologue qu’il est, Lambert ne se révolte pas contre l’incurie des hommes, il cherche à savoir, à comprendre, à analyser les mécanismes qui nous ont conduits jusque-là. Il trouvera en Ecosse une partie des explications qu’il cherche, et pire encore.
Intitulé « A Scientific Romance » (terme générique traduit en France par « anticipation scientifique »), ce roman doit autant à Wells qu’à Shakespeare, Rilke, Wilde ou Conrad. Éminemment poétique et littéraire, ce roman où citations et références abondent dépasse les genres pour conter la vie, l’amour et le temps.

Chronique des jours à venir (1997), Ronald Wright traduit de l’anglais (canadien) par Henri Thereau, Actes Sud (Le Cabinet de lecture d’Alberto Manguel), juin 2007, 426 pages, 23 €

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