Jeunesse

Les messagères des abysses – Arthur Ténor

tenor.gifUn bandeau publicitaire entoure ce livre : « Préface de Nicolas Hulot ». Avec une belle couverture représentant des plongeurs nageant au milieu des baleines, on comprend immédiatement que le nouveau roman d’Arthur Ténor traite de préservation de la Nature. Plus exactement de la mer, cet univers profond et encore mystérieux qui permet toutes les extrapolations littéraires.

Nous sommes en l’occurrence à la fin du XXIème siècle dans un monde encore à peu près vivable pour qui supporte la violence des médias, la surveillance exacerbée et une bonne dose de pollution environnementale. En tout cas l’Homme ne vit pas encore sous cloche, il peut même partir en vacances en Amérique Centrale, y faire de la plongée sous-marine et s’émerveiller encore devant les beautés de la Nature.
C’est ce que font Jason Bastian, dix-sept ans, et son père, en habitués de la mer. Mais voilà qu’à l’occasion d’une plongée très près d’un rassemblement inexplicable et exceptionnel de baleines, Jason est « kidnappé » par ces géantes des mers. Que lui disent-elles ? Lui-même ne le comprend pas mais, remis de son aventure et de ses émotions, il sent dans ses tripes qu’elles ont voulu lui dire quelque chose. Il n’a pourtant pas beaucoup le temps de réfléchir à cette incroyable expérience car il assiste à une chasse clandestine à la baleine : témoins gênants, Jason et son père sont torpillés par des braconniers des mers qui les ratent de peu. Poussé par son meilleur ami, le jeune garçon va accepter de diffuser son expérience dans les médias et il devient bientôt une star : le héros des abysses.

Le lecteur ne saura que très tard ce qui a motivé l’attitude des baleines. Du coup, on ne comprend pas bien pourquoi Jason devient un héros puisqu’il n’a pas comprit leur message. L’attention se fixe plus sur l’engrenage des médias qui font d’un inconnu un héros puis à nouveau Monsieur Tout-le-Monde avec des conséquences psychologiques désastreuses, ainsi que sur l’histoire d’amour du héros et de la jeune Chandra, fille de diplomate comme lui. Car il faut préciser que Jason n’est pas un ado de base : il est le fils d’un membre de l’ONU, qui préfère Canal-aventure ou Culture-monde à la web TV regardée par dix-huit millions de spectateurs… je n’en connais guère et ça rend l’identification un chouia difficile.

A mon avis, Arthur Ténor a privilégié la dénonciation, au détriment de l’intrigue. Sans exagérer et avec réalisme, il décrit la planète telle qu’elle sera demain si l’on ne fait rien : « la planète est devenue trop petite pour dix milliards de consommateurs avides de tout […] ; la nature se meurt en silence, vampirisée par les besoins des industriels, empoisonnée par les pollutions les plus diverses« . La Nature est une cause à défendre et c’est ce que décide de faire Jason, insignifiant humain parmi des milliards mais humain responsable pour ses semblables et les générations à venir.

L’engagement écologique est un thème fort pour les adolescents d’aujourd’hui. Qu’un écologiste médiatisé comme Nicolas Hulot soutienne une fiction telle que ce roman ne peut que la crédibiliser et encourager les jeunes à suivre cette voie généreuse. Et au moment où tout le monde se rend compte que la planète va mal, il est toujours bon de rappeler à chacun qu’on y peut quelque chose.

Arthur Ténor sur Mes Imaginaires

Les messagères des abysses, Arthur Ténor, Grasset Jeunesse (Grand Format Hors Collection), avril 2007, 256 pages, 14,90€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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