Adultes

Les larmes d’Artamon / 2 – Sarah Ash

ash2.gifLe premier volume de ce cycle m’avait plutôt fait bonne impression, confirmée par ce second tome : finalement, malgré la surproduction actuelle, on peut encore trouver de bon cycle de fantasy. L’intérêt n’est pas tant dans l’histoire, somme toute classique : un jeune homme, Gavril Nagarian, devient roi malgré lui et se trouve possédé par une entité ancestrale et maléfique : le drakhaoul. Il doit lutter avec lui-même pour s’en débarrasser et dompter les instincts sanglants qu’elle lui confère. La belle jeune fille qu’il aimait est promise à un autre, qu’elle épouse ; une petite servante est secrètement amoureuse de lui.

C’est bien la densité des personnages qui sauve ce scénario. Car le méchant prince Eugène de Tielen, qui devient empereur, pique la fiancé du héros et veut s’emparer, en grand mégalomane qu’il est, de tous les territoires alentours, est loin d’être un vrai méchant comme on en trouve trop souvent. L’empereur Eugène souffre parce que le souffle du drakhaon l’a défiguré et qu’il fait désormais peur à tout le monde, il dégoûte même sa femme ; l’empereur Eugène a une petite fille difforme à laquelle il raconte une histoire tous les soirs ; l’empereur Eugène instaure hygiène et éducation dans les pays qu’il conquiert car nul ne doit être malheureux en son royaume.
Alors finalement, on ne lui souhaite pas que du mal à ce mégalo qui veut restaurer l’empire du grand Artamon. Evidemment, il fait enchaîner ses prisonniers pour qu’ils travaillent dans ses mines jusqu’à ce que mort s’ensuive… d’où l’ambiguïté du personnage qui gagne en densité. Les autres ne sont d’ailleurs pas en reste : si Astasia l’impératrice reste un peu fade, son frère Andreï revenu d’un séjour chez un brave couple de pêcheurs est plutôt convaincant. De même, les rebelles de Smarna qui refusent de se plier au joug d’Eugène et prennent les armes. Gavril est lui aussi tout en ombres et lumières, qui voudrait vivre sans son dragon et les sacrifices qu’il impose, mais ne peut survivre sans cette nature profondément sauvage qui fait partie de lui.

Ce second tome est consacré à la difficile acceptation de soi, à l’usurpation d’identité (Eugène se retrouve lui aussi possédé par un drakhaoul après avoir violé le silence de l’île de Ty Nagar). Evidemment, on regrette toujours que les situations inextricables se règlent à coup de langues de feu crachées par des dragons volants… mais on en apprend petit à petit un peu plus sur cette antique malédiction, l’île des dragons, et l’attente éternelle de ces créatures jadis pétrifiées.

Je confirme donc : cette série est pour moi une des meilleures en fantasy actuellement en cours chez Bragelonne.

Sarah Ash sur Mes Imaginaires

Les Larmes d’Artamon / 2 : le prisonnier de la tour de fer (Prisoner of Ironsea Tower, 2004) Sarah Ash traduite de l’anglais par Colette Carrière, Bragelonne, octobre 2006, 447 pages, 22€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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