Adultes

Au-delà de l’infini – Gregory Benford

Gregory BenfordDans quelques millions d’années, l’humain aura connu bien des modifications. Les Hommes tels que nous sommes n’existeront plus, seuls les Ur-humains, forme la plus ancienne d’Originaux, s’en approcheront un tant soit peu. Cley est une Originale et bénéficie, entre autres, d’un savoir intégré implanté dans son cerveau et de doigts supplémentaires qui sont autant de couteaux suisses.

Comme ses semblables, elle a été créée par les Supras, êtres supérieurs qui maîtrisent savoirs et technologie, en partie grâce aux données enfouies dans la Bibliothèque de la Vie. Mais voilà que des Furies s’abattent sur les Originaux et les exterminent jusqu’à l’ADN : Cley est la seule survivante du massacre et elle doit fuir, autant pour se cacher que pour retrouver son père tant fantasmé. Née au sein d’une Méta, famille artificielle, elle a toujours rêvé d’en savoir plus sur son géniteur afin d’en savoir plus sur elle-même.
Le saut temporel gigantesque qu’il nous fait faire permet à l’auteur toutes les suppositions, tous les voyages. A l’aide du Balancier Stellaire ou d’un Léviathan, Cley et son compagnon Traqueur (sorte de raton-laveur amélioré qui se révèlera de genre féminin) vont parcourir l’univers et ses confins, à la suite du Malin, ce « destructeur insatiable« , cette entité malveillante jadis créée par des extraterrestres depuis disparus. D’autres formes de vie (vie synthétique issue de l’union entre machines et végétaux), d’autres formes d’intelligence pour un roman qui se permet toutes les suppositions. L’espace, cette « biosphère très exotique » habitée par des centaines de créatures vivantes, est un univers reconstruit par les hommes.
Bien sûr, pour obtenir votre billet, il faudra passer par quelques passages un peu ardus… Mais bon, si vous ne désirez pas tout savoir du quagma, des espaces dimensionnels supérieurs, etc., vous pouvez tout simplement vous laisser séduire par la poétique du texte et voir « des membres et des replis pourpres et verts, suintant dans une structure vitreuse – s’allongeant, puis se scindant en une fumée rose ; des rectangles et des polyèdres repliés les uns sur les autres ; des tranches scintillantes d’une lumière actinique dure aux couleurs agressives fichées à travers elles« . Car malgré une première partie centrée sur l’héroïne, les personnages ne sont pas au centre des préoccupations de Benford. C’est nettement l’extrapolation scientifique qui l’emporte, non au détriment de l’action, mais de la psychologie individuelle. Benford manie des concepts et envisage l’Homme en tant que membre d’une race et non en tant que personnalité. A travers ce personnage féminin, Gregory Benford nous emmène au cœur de problèmes identitaires tels qu’ils nous les imagine. Qu’est-ce qu’appartenir à une race inférieure et l’accepter ? Est-on prêts à accepter d’autres formes d’intelligence ?

La littérature sert la science sur le thème infini de notre avenir, comme Benford le déclare lui-même dans sa postface : « Le futur lointain est un univers fort vaste. Ce roman ne constitue qu’un cliché de la destination vers laquelle, à mon avis, l’évolution et la technologie nous mèneront peut-être. Mais il ne fait guère de doute que la réalité sera beaucoup plus étrange…« . Pour un voyage au bout du ciel et de l’imagination scientifique où tous les délires sont permis…

Au-delà de l’infini, Gregory Benford traduit de l’anglais (américain) par Thierry Arson, Presses de la Cité, janvier 2007, 423 pages, 22,50€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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