Jeunesse

Le Clan des Otori / 4 – Lian Hearn

Lian HearnLa fin de la trilogie de Lian Hearn ayant été très décevante, on ne pouvait que se réjouir à l’annonce d’un quatrième tome inopiné. Retrouver Takeo et Kaede ainsi que ce Japon médiéval presque plus vrai que nature allait sans doute nous permettre de renouer avec près de 1500 pages de plaisir de lecture.

Et de fait, la plume de Lian Hearn est toujours aussi fascinante dans ses descriptions, l’installation d’une ambiance feutrée mais inquiétante. L’écriture élégante et subtile de cet auteur est toujours aussi captivante. Mais Takeao et Kaede ont vieilli, ils n’ont plus la fureur de la jeunesse et sont devenus des souverains censés et soucieux du bien de leur peuple. La fougue est passée du côté de leurs filles, avec l’aînée Shigeko et les deux sœurs jumelles et maudites dans cette société où la gémellité est synonyme de malheur.
Je n’ai pas retrouvé dans ce volume la passion des trois premiers. L’action ici n’est plus concentrée autour d’un héros, mais éparpillée entre Takeo et ses problèmes de paternité : doit-il avouer qu’il a un fils illégitime ? Doit-il adopter les fils de son beau-frère ? Saura-t-il faire preuve d’assez d’autorité avec ses filles ? Kaede, enceinte, va-t-elle accoucher enfin d’un garçon ? La politique est bien sûr aussi une de ses principales préoccupations car l’Empereur a décidé de le faire abdiquer, servant ainsi ses ennemis jaloux de la paix qui règne sans violence ni injustice dans les Trois Pays.
L’héroïne la plus probable est Shigeko, mais on l’abandonne trop souvent pour suivre d’autres personnages pour s’attacher complètement à elle. Les enjeux la concernant ne sont d’ailleurs à mon avis pas assez importants pour qu’elle endosse le rôle tenu par son père dans les volumes précédents. L’intrigue n’est donc plus aussi serrée, aussi rigoureuse et le plaisir de lire Lian Hearn n’est pas de taille à éviter l’ennui qui s’installe peu à peu. Et avec l’ennui la déception de ne pas s’enthousiasmer encore une fois. Pour moi dans ce dernier tome, la magie n’opère plus. Peut-être faut-il savoir arrêter une histoire tant que le charme opère encore. Malheureusement, Lian Hearn prévoit d’écrire un roman qui chronologiquement précèderait l’histoire de Takeo. Après avoir eu le retour, nous aurons donc les préquelles, pour le meilleur ou pour le pire.

Lian Hearn sur Mes Imaginaires

Le Clan des Otori – 4 : le vol du héron (2006), Lian Hearn traduite de l’anglais par Philippe Giraudon, Gallimard Jeunesse, février 2007, 621 pages, 23 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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